l’Angèle veille

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Tout d’abord il y eut les nuages ; Ces nuages attachants de Belgique qui, malgré la distance, nous ont suivis jusque dans ce recoin de France protégé par la montagne des trois Becs.
Une nuit complète sur la route.
Le soleil se lève mais il reste à l’écart, protégé par de grosses masses ombrageuses dans le ciel. Pourtant, immédiatement, les yeux fermés, la brise te renseignerait sur ta destination : des pins à profusion, la délicatesse de la fleur de clématite sauvage, la mauve, le plantain, les chênes truffiers, les tilleuls et puis la roche. Cette roche semblable à mes jeunes années en Haute-Loire. Si si… renifle-bien et tu remarqueras le goût du basalte et du calcaire qui se glisseront jusque sur ton palais. À moins que ce ne soit le goût ferreux de l’eau claire et riche brassée par le courant du torrent qui se mêle au mistral.Aucun doute, nous approchions du but.
Quelques derniers kilomètres sur des petites routes en lacets et puis le dernier chemin, tout droit, tout caillouteux qui dégage une légère poussière sur notre passage. Assurément, chaque visiteur est repéré de loin.
Le Cyprès. Nous y sommes. Les retrouvailles. Mon petit homme, sa tante et son oncle. Moi qui ravale ma glotte de tant d’émotions partagées, de tant de pudeur.
Le Soleil est bel et bien présent, au cœur de cette rencontre dans la vallée de la Drôme, dans cette maison, ce grand domaine, terrain fertile qui a vu gambader les enfants de la famille, été après été.
Le décor est posé.
Une tartine, deux tartines, un verre, deux verres, la découverte de notre chambre, nos bagages débarqués et sans perdre de temps sur notre court séjour, décision fut prise d’aller voir la rivière : le Roubion qui coule un peu plus bas de la propriété.
La fatigue envolée, chaque instant était à vivre tout de suite. Une espèce de boulimie de récolte de sentiments, de pigments et de parfums était en marche. La pluie n’est pas tombée. Le beau temps, protégé par les grands vents, a réapparu et les balades en sandalettes ont pu se multiplier.
Tant de choses à raconter. Tant d’images enregistrées. Tant et tant d’instants mémorisés. Quelques photos pour “garder” des traces. Je ne saurais tout raconter en quelques lignes. Beaucoup de Pagnol, partout. À relire. Un livre entier sous nos yeux ; Enivrant.

Par delà toutes les découvertes que j’ai faites, un fil conducteur : l’enchantement de l’homme de mon cœur devant chaque colline, chaque montagne, chaque chemin, chaque caillou (il en a rapporté un) et puis chaque recoin de la maison.
Tant de souvenirs gravés dans sa mémoire ; et de l’observer retrouver tous ces parfums, marcher sur ses pas de petit garçon et jouir de cette joyeuse euphorie au sein de sa famille était un cadeau de chaque instant. Que d’amour lui fut prodigué dans ce cadre enchanteur. Je le pressentais depuis quelque temps déjà et là, je l’ai ressenti. Ses petits yeux grands ouverts sur cette immensité, à percevoir le temps passé et à profiter à rebours de la magie de cet endroit qui a nourri son enfance et l’accompagna jusqu’à aujourd’hui. J’ai donc découvert l’un des recoins du cœur de mon Nâmoureux. J’ai trouvé la source de son petit côté “sauvageon”, le centre de son indépendance d’esprit ainsi que la base de son éducation. Comme il dut être bon de “pousser” entre la montagne des trois Becs, le torrent vivifiant, les champs grouillants de gibier, les papillons volant par nuées, les lézards de toutes sortes, les chauve-souris et puis la rivière, les couleuvres, les journées à crapahuter au grand soleil en totale liberté, le torse nu, les rires et les jeux partagés avec tes cousines.
Je t’imaginais tout minot, vivant une enfance semblable à la mienne en Haute-Loire. Pour ma part, durant cette parenthèse dans ce cadre féérique habillé de la forêt de Saou où la nature est reine, j’ai fait la connaissance du brocard, surpris dans le champs à la nuit tombante. J’ai aussi aperçu le mulot gourmand grimper le long du figuier au petit matin. Une couleuvre vipérine qui dégerpit au bruit de mes pas. Et puis les énormes chauves-souris, pas gênées, qui se gratouillaient le bedon à quelques mètres de la table au dessus de la terrasse. J’ai également appris le nom des montagnes.
Le Pic de la Chaudière a ma préférence mais j’ai aussi un petit faible pour la montagne d’Angèle (prénom cher à mon cœur) ; et de savoir qu’Angèle t’y a vu caracoler, veille cet endroit et le veillera pour toujours me fait fondre d’émotion.

Je comprends encore un peu plus ce qui nous rapproche tant.
À quelques cent-quatre-vingts kilomètres de distance, nous avons gambadé dans des terres vierges où l’enfant était Roi, où il avait comme domaine, la campagne à perte de vue, où toutes les histoires étaient possibles, tout était à conquérir et où tout finissait bien jusqu’à la fin de l’Été.
Qui eut pu imaginer que ces deux galopins à l’assaut des montagnes se rencontreraient un jour ?
Chaque année repoussant l’année précédente, doucettement nous avons grandi puis quitté ce paradis à la recherche de notre vie. Une sorte d’ingratitude mais aussi un élan donné par la vivacité de cet espace qui rend fort à jamais.
Toutefois, un jour vient où l’on se retourne et où l’on prend conscience que l’endroit dans lequel se love notre vivacité chancelante est ce lieu ; Celui-là même qui ne nous a jamais quitté et dans lequel nous plongeons par la pensée pour nous ressourcer encore et encore.
Qu’est-il devenu ?
Que suis-je devenu ?

Il y a quatre ans de cela, tu m’as fait la surprise de m’emmener dans mes terrains de jeux d’enfance. Ceux dont je te parlais tant. Moi qui n’osais plus. Moi qui craignais ne rien retrouver.
Tout était intact et ma force vive s’est rechargée comme par magie. Le charme a opéré. Je t’en suis reconnaissante.
Cette fois-ci, c’est toi qui m’as présenté ton monde à toi ; un monde enchanté qui, je le sais, imprègne fortement chacune de tes cellules.
Je suis heureuse d’avoir assisté à ces retrouvailles. Je suis heureuse et émue d’avoir auprès de moi un “homme des bois”, un homme qui respecte la vie, écoute le chant des oiseaux et sait regarder par delà les apparences. Un pareil à moi élevé dans la tendresse d’un foyer solide auprès de montagnes généreuses. Des racines vigoureuses.
Je comprends mieux.
Comme il me fut bon de vivre ce séjour auprès de toi, auprès de vous, Louise et Jean-Paul.
Participer à ce ressourcement fut une riche expérience.
J’ai appris que par ici on ne dit pas “merci” à quelqu’un (cela signifierait que l’on n’a plus besoin de lui). Aussi, je garde au chaud mes mercis et je charge les vents de disperser de tendres baisers parfumés au Picodon, que je grignote depuis notre retour, à vous deux, chers Oncle et Tante, à la Drôme et à la Vie qui avez su nous gâter chaleureusement, enchanter cette échappée et nous rappeler la préciosité du lien.

On passe bien souvent à côté de tout. Tout nous échappe, sans arrêts, même ceux qu’on aime. Mais quand tout s’arrête il nous reste la certitude que certains moments ont été des instants de bonheur ; et ces quelques jours, assurément, sont de ceux là.

Rose

©À Vent Semant. 30 Juillet 2017.

Vœux d’anniversaire…

Aujourd’hui est le jour de l’anniversaire d’un petit homme cher à mon cœur.
Je l’ai connu, il n’avait pas dix-sept ans.

Je me souviens de la toute première fois où je l’ai rencontré. Ça me revient brutalement.
Je développe :
Le hasard nous fit nous croiser bien avant que les présentations officielles ne soient faites. Dans la rue, en ville. Son père et moi nous tenions par la main, à baguenauder dans les rues pour faire connaissance avec ce qui deviendra mon univers. Entre deux draches et deux rayons de soleil en plein mois d’Août. Les pieds trempés dans mes sandalettes et ma petite robe d’été fripée.
Je me souviens de ma contrariété à me projeter de vivre dans un pays aussi taquin météorologiquement parlant. Moi qui revenais de Montpelier, tu vois d’ici l’brin dans ma tête ! “Le brin” : expression typiquement belge. 😉
Et puis, un parfum de gaufre. Ce même parfum qui me fait toujours faire le même détour, encore actuellement, lorsque je me trouve en ville.
L’appel était déjà trop fort : direction la marchande de gaufres.
Et puis là, sur le chemin, une petite tête brune qui dépassait de la foule. Je ne le connaissais pas mais je l’ai reconnu. Son père, en plus jeune, plus crolé (« frisé » en belge), l’œil vif qui, sans aucun doute, m’avait repérée de bien loin, lui aussi.
Le père et le fils en présence. Un ami l’accompagnait. Une discussion légère, sans vague.
Je crois que je suis resté muette. Je crois que j’étais impressionnée. Je pressentais déjà que ce petit cœur deviendrait l’une des choses les plus chérissable de mon existence.
Je connaissais, en partie, son histoire et désirais ne pas l’alourdir de ma présence, car je le savais aussi : je resterais auprès de mon amoureux qui m’apportait tant.
Nous devrions donc, ce petit bouchon et moi, nous “habituer” l’un à l’autre.
Quant à Nâm et moi, nous avions comme travail à venir, de faire avec l’existence de l’autre.
Vous qui avez refait votre vie sur le “tard”, vous me comprendrez.

Aussi, ce jour là, je découvris la part cachée de mon Chéri, le fond de son cœur, le fruit de son amour, le gouffre et sa grande fragilité ; je découvris l’être qui compte plus que tout au monde, celui que si tu le touches, t’es mort, celui qui transcende sa raison d’être en vie, celui qui est porteur de tous ses espoirs et de tout son amour. Ce petit bout d’chou au large sourire et au regard d’acier. Ce petit mec (à l’époque) chargé de l’affection de ses parents aimants qui diffuse autour de lui une force impalpable mais bien réelle. Sans doute n’en était-il pas conscient. Depuis, les bonnes bases transmises par ses aïeux, ont œuvré pour son développement. Depuis, je crois, il vit harmonieusement, ces forces multiples qui le parcourent et le rendent tantôt vainqueur, tantôt arrogant. De cette arrogance des jeunes années qui font pousser haut les bonnes graines.

Un bisou d’au revoir. Oui, ici, on ne fait qu’une bise (et pas deux ou trois, ou quatre. Juste une). Un “À la prochaine” et chacun reprit le cours de sa vie (et moi, le chemin vers ma gaufre à la chantilly).
Pas le temps de me la déguster qu’un léger picotement vint me chatouiller le bord supérieur de ma lèvre. Je finis ma gaufre avec un bon thé, je m’en vais faire un tour à la toilette (oui c’est au singulier ici). Je me mire dans le miroir et je découvre la belle poussée d’un bouton de fièvre sur ma bouche. Je me dis que la chantilly était avariée.
Puis, cette petite brulure qui perdura dans l’après-midi m’en rappela d’autres ; celles où elle prit place sur ma face à chaque gros évènement dans ma vie.
Force fut de constater que cette première entrevue avait bouleversé mon organisme tout entier au point de me faire chauffer le sang.
Aucun doute : j’étais en présence de mon avenir et je devais prendre soin de cette relation qui venait de naître brutalement après quelques mois de danse amoureuse rien qu’à deux. Dorénavant nous serions trois. Et mon petit corps fragile et peureux avait réagi violemment.
Pas de panique, ce n’est que du bonheur. Oui mais à cette époque là, moi, le bonheur, ça me faisait paniquer. Donc, panique à bord. Le spot sur ma bouche flaschait comme un gyrophare. Il repartit comme il vint. Le temps de comprendre le message et d’accepter enfin l’amour qui ne demandait qu’à se propager autour de moi.

Le temps a passé. Les rencontres furent de plus en plus longues, de plus en plus fréquentes.
Le bonheur s’installa dans ma vie, vaillamment, fidèlement. Mon Chéri en tête de proue. Son “tout petit” prit sa place dans mon cœur, doucettement, normalement. Évidence.
Je participais, à mon niveau, à son avancée. J’apportais mes conseils, mon soutien et mon affection. Mais bon sang, ce qu’il en a réalisé des choses en quatre ans et ce, sans l’aide de personne en fait. Sa volonté, son courage et sa pugnacité. Un jeune homme se développait sous nos yeux. Comme un spectacle joyeux. Respect.
Tant de choses positives se sont passées depuis lors. Le lien s’instaure. Le manque aussi, parfois.
Il a grandi. Il se développe, fort et fiable comme son père.
Il rua quelque fois à la recherche du poitrail de son paternel. Paternel à la forte caisse de résonance qui resta calme et compréhensif mais toujours calé sur ses idées. Ah aaah… les différents entre ces deux là !
Ils parlent fort dans des conversations passionnées.
Je me souviens aussi des premières conversations auxquelles j’assistais entre son père et lui. Ça montait le ton, ça brassait fort de l’air dans la maison.
C’est qu’en fait par ici, je l’ai découvert avec le temps, les gens parlent fort (du moins pour moi qui vient d’un “pays” où le ton est plus nuancé) et deux belges avec des origines méditerranéennes, vous voyez le tableau !
Je me souviens avoir voulu partir en courant, petite sauvage aux oreilles fragiles que j’étais. Mais c’était “normal”. De la communication sans barrière. Un ado en recherche. Un papa un peu dépassé. Et puis moi, une muette chronique qui maintenant, a bien évolué dans sa capacité à dialoguer.
Deux tempéraments forts. Depuis, je me suis habituée. C’est de la passion qui se dégage quand je suis en présence de ces deux là. Je me suis habituée ou bien, ils se sont assagis. Je ne sais pas trop. Le lien s’harmonise. L’amour est fort. La compréhension mutuelle ; et l’intelligence émotionnelle présente, tellement présente. Merci.
Toujours est-il que lorsque je suis en présence de ces deux hommes (car tu es un homme maintenant), je me sens bien. Je vous sens bien. Je me sens chez moi.
Qu’il neige, qu’il drache ou que le soleil nous fasse l’honneur de sa présence, je suis à ma place, entre ces deux cœurs forts et fidèles.

Aujourd’hui est donc le jour de tes vingt et un ans. Pour moi, c’est le moment véritable du passage à l’âge adulte (plus que les dix-huit ans). L’adolescent disparait pour laisser apparaître l’homme qui se préparait dans ce petit corps chétif et meurtri par les douloureux évènements de la vie.
Je suis heureuse pour toi. Tu grandis bien. Tu deviens un homme bien et tu portes haut les valeurs transmises par tes parents.
Ton papa et ta maman ont bien œuvré et tu as su te développer envers et contre tout/tous.
J’ai envie de les remercier tous les deux pour ce jour béni qui t’a vu naître.
Je sais combien tu étais attendu et combien tu as été aimé dès ton premier inspire. Tu as eu cette chance.
Je suis arrivé bien tard dans ta vie. J’espérais secrètement que tes parents se remettent ensemble. Ça arrive parfois. Peut-être l’espérais-tu aussi. Mais ce ne fut pas le cas. Je suis là et tu m’as acceptée. Je te remercie aussi pour celà.
Tes parents t’aiment fort, assurément, mais te voilà flanqué d’une “belle-mère” qui s’ajoute à cette ronde autour de toi.
J’espère ne jamais t’étouffer et toujours savoir t’apporter mon soutien.
Je garde ma place et en dedans, régulièrement, lorsque je te sens le moral en berne, je te serre fort dans mes bras, comme l’enfant chéri que tu représentes pour moi ; Un enfant tout fait. Un enfant parfait.

Aujourd’hui devrait être le jour où je dois abandonner les Mon ti’bouchon, M’chou, Ticœur, Tichat, Tid’hôm, Tiloup et autres petits noms de petit garçon adorable et adoré que je te donne. Oui, tu es un grand maintenant. Va falloir que l’on s’y fasse ici à la maison.
Je vais essayer. Ce n’est pas gagné ! 😉

Que ce passage t’apporte le meilleur. Que cette nouvelle année te réserve encore de belles découvertes, des challenges comme tu les aimes et te porte loin par delà tes espérances.

Joyeux anniversaire à toi, petit cœur d’homme en plein épanouissement  ❤

©À Vent Semant

Carte postale d’Oostende

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Le vent qui colle à tes mollets.

Mon béret qui cherche à s’échapper.

Un grand sourire aux dents qui laissent passer le sable dans ma bouche. Sensations, croustillantes.

TiChien qui lutte contre les bourrasques, prêt à s’envoler. Le sourire des passants.

Nos cheveux ébouriffés nous rendent pareils à une nichée trop vite envolée ; épouvantails.

Un homme au loin, joue avec son chien. Petit air d’un Homme et une Femme.

L’écume qui se frotte à la plage. La mousse marine.

Le Vent. Ce vent qui te fait parler fort pour me dire des mots doux. Ce vent qui vient d’où ? Je l’imagine porté depuis des terres froides, ayant caressé le dos d’un ours polaire pour arriver jusqu’à moi, petite auvergnate en bord de Mer.
« Attention, tu manges un poil blanc ! »

Cling Cling Cling… mats des voiliers.

La magie de ce bruyant voyageur invisible. Vas-y, viens te cogner à mes tempes ! Vie qui glisse puissamment. Frottement précieux.

Le ciel, bas. Ce ciel si porteur d’inspiration, aux poètes comme aux peintres.

Des nuages comme sur un plateau transparent ; posés ; déposés ; glissant dans cette sphère qui nous surplombe. Discrète et lourde.

Un papier froissé qui roule comme une balle. L’odeur de gaufres qui l’accompagne.

Pas de mouette à l’horizon. Malignes, elles savent rester à l’intérieur des terres.

La mer, grisonnante et sombre qui cherche à chasser les cerf-volants.

Plus de parasol. Pas de parapluie. Tout est inutile. Tout est là.

L’iode, précieuses volutes qui se parsèment dans mes neurones. Oui aussi, ça rentre partout cette petite particule. Ça rend heureux ; un petit peu saoul aussi ! Merveilleuse drogue douce !

Les joues cramoisies. Fouettées par le « Temps ».

Ton écharpe de coton bleu clair qui s’évade au bout de tes doigts. Douceur…

Ta main qui range mes cheveux.

La tonnelle au dessus de notre Cécémel, qui se tend, se détend.

Tape tape tape !

Le petit pompon de ma petite Mary qui frétille au sommet de son bonnet.

Un petit soleil qui nous éclaire. Ses petits yeux rieurs et complices.

Du bonheur dans les regards. Des cœurs gonflés.

Merci Oostende.

Merci la Mer.

Merci mon Cœur.

Il fait froid. Il fait venteux. Il fait gris et je suis bien.

À tous… bonjour d’Oostende. 🙂

©À Vent Semant.

Ton Jean chéri qui t’adore

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Quatre années que je détiens cette valise en carton.

Un jour : vider la maison.
– Tiens Rose, c’est à toi qu’elle revient.
– !!!?
La « littéraire », la sensible, la nostalgique… dans la fratrie, c’est moi.
Placée dans un coin de ma chambre tout ce temps. Et voilà, aujourd’hui, je l’ouvre.

Toujours connue dans le fond de l’armoire de mes parents.
Quand j’étais enfant, quelques-fois énoncée par maman.
Un peu ouverte avec des explications floues, de la nostalgie, des mots qui faisaient « bizarre » dans la bouche de cette femme toujours maître de ses émotions. Le sentiment d’avoir à respecter son contenu, entouré d’un ruban bleu et l’impression étrange, innenvisageable et pourtant palpable que mes parents furent un jour, jeunes et passionnés l’un de l’autre.
Plus tard, bien plus tard, régulièrement ouverte par papa, pendant ses années de solitude. J’apercevais parfois une lettre sur la table avec sa grosse loupe posée dessus.
Ces jours là, je comprenais qu’on ne parlerait pas comme à notre habitude avec cet émoi surgissant de ces feuilles jaunies refondu par le deuil qui accentue le Tout.
Il me parlait de son parfum. Il me parlait de ses courbes aussi ; et se rappelant qu’il se confiait au fruit de leur amour, il se taisait pudiquement et laissait courir le silence de ce grand vide pour lui, et pour nous tous d’ailleurs.
Son regard posé sur moi dans ces moments là, lui torturait le cœur.
Tout, dans mes expressions, mes anxiétés, mon empathie et mon odeur, lui rappelait Elle, son épouse. Ces jours là, je repartais plus vite et prenais mes bras comme mouchoir dans le creux de mon siège auto.

Ainsi inscrits avec la plume, les doux mots des premiers temps de cet amour si fort et silencieux accompagnèrent mon père, toujours.

Aujourd’hui Mercredi 12 Octobre 2016, j’ouvre une enveloppe, la première sur le « tas ».

Le ruban bleu a disparu. Un élastique autour d’une pile. Rien autour de l’autre.
Je lis.
Je prends du recul pour ne pas paraître indiscrète. J’ai mis du temps pour accepter de le faire sans me sentir curieuse.
Je suis prête. Je le fais naturellement.
Je découvre enfin tous ces mots non-dits pendant mon enfance. Je comprends ces messages qui passaient d’entre leurs yeux qui se croisaient dans la maisonnée.
Je vois combien sans téléphone portable, sans internet et avec la distance géographique et la lenteur postale, combien ils eurent à s’accrocher, à douter, à s’inquiéter d’être sans nouvelle de l’Autre qui hantait toutes leurs pensées.
La torture de l’attente. Les horaires de bus et de trains. Les contraintes professionnelles.
Je perçois le combat et la volonté d’être ensemble pour toujours.
Je ne pleure pas. Je suis heureuse de les retrouver mes deux parents comme deux adolescents au cœur retourné d’émotion.
Ils s’aimèrent tant ces deux là. Maintenant, j’en suis certaine.

Extrait :
Villechétive, le 6 Septembre 1962 (ils ne s’étaient pas vu depuis trois semaines) :

 » Ma Mireille Chérie,
Il faudra que tu me préviennes du jour où tu pourras venir et moi j’irai te retrouver là-bas.
On aura toute la journée pour se promener comme deux amoureux serrés l’un contre l’autre et se dire des mots tendres en se regardant dans les yeux.
Ainsi je pourrai admirer le tremblement de tes lèvres si douces dont j’aimerais tant retrouver la saveur dans un doux baiser.
(…)
En espérant que ces quelques mots dissiperont ton cafard et que tes craintes seront apaisées.
Je t’embrasse tendrement et t’enveloppe de mes plus doux baisers.

Ton Jean chéri qui t’adore.  »

À Vent Semant. Octobre 2016.

L’écureuil s’en fiche

Aventsemant. L'écureuil s'en fiche

Photo sans grand intérêt à part l’écureuil présent et le voile noir qui recouvre mes iris.

 

25 Août 2014 :

Être allé voir sa grand-mère pour la dernière fois (pour la troisième fois) et songer que cette fois c’est vrai, c’est sûrement la dernière.

L’odeur pestilentielle que ses pieds dégageaient par delà les pansements.
Songer à ses moignons qu’elle devine mais ne voit jamais, à sa mémoire qui se dissipe, à ses muscles qui s’éteignent façonnant son corps amaigri à ce fauteuil roulant qui ne la lâchera plus jamais, à la promenade sous cette lumière qui l’aveuglait mais qu’elle dégusta comme une friandise qui « sucra » tout son corps meurtri et puis cette main qui s’agrippa à la mienne en me suppliant de ne pas la lâcher.

Penser : Dieu, Ciel, Terre, Énergie de tout l’Univers et par delà, je te prie, je t’invoque et te demande de ne pas laisser cette femme si droite dans ses bottes toute sa vie, si forte et généreuse, si digne aussi, si attentive aux autres, d’arriver au seuil de son existence dans un état où elle n’aurait jamais laissé aucune personne ni aucun animal.

Je pleurerai. Que oui, je pleurerai. Mais pour l’instant ma gorge se serre et je pleure plus fort de savoir son cœur si solide qui supporta tout d’une vie si rude et qui ne veut rien abandonner de sa tâche. Il affronte encore tout çà, vaillant.
S’il te plait, magnifique cœur qui tint toujours bon, arrête de faire le « fier ».
Nous le savons que tu es exceptionnel et que tu es en partie responsable de la grande force vitale de cette jeune femme devenue « mémé ». Mais s’il te plaît, abandonne-la ! Abandonne-la doucement avant que les douleurs ne la défigurent davantage, avant que son esprit ne s’échappe plus loin et qu’elle ne se raidisse brutalement à la lueur d’une compréhension furtive.
Laissez-la se reposer.

Ps : Et pendant ce temps, l’écureuil dans la cour de cette « maison », s’amusait à enterrer son trésor, la Noix.

©À Vent Semant

 

Quelques boules d’Hortensia séchées

Aventsemant.Quelques boules d'hortensia séchées

Texte écrit en Août 2013. Je le retrouve. Je le partage ici :

Quelques boules de fleurs d’Hortensia séchés depuis deux années dans l’Atelier. Nous les avions coupées ensemble. Elles trônent dans mon atelier.
Là-bas, dans notre maison, ils sont sans doute en fleurs, je l’espère, toujours au pied de la fenêtre de ma chambre d’adolescente.
Les fortes chaleurs, la moiteur du mois d’Août me rappellent les sauts de bichette que j’effectuais dans mes jeunes années, par dessus leurs pommes bleues, pour ne pas les froisser.
J’appris, de ta bouche, bien longtemps après, que tu savais.
Malgré mon attention à ne pas les abimer, quelques branchettes recourbés j’imagine.
Et puis, les traces de mes petites chaussures qui gravaient le tas de compost au bout du jardin, au pied du mur (çà, c’était le dernier obstacle avant la Liberté) ; Ces petites empreintes ne t’avaient pas échappées, toi l’homme des bois qui savait repérer la coulée de n’importe quel animal de la forêt.

Tu m’interdisais et tu avais l’élégance et l’intelligence de me laisser ignorer les règles.
Je gérais bien avec ma petite cervelle de « rebelle » et m’astreignais, l’air de rien, à une conduite qui ne devait pas faire ombrage à tes valeurs qui dans la « savane », loin du foyer, confrontée au monde, devenaient miennes. C’était le but bien évidemment.
J’appréhendais le réel. Je sortais du cocon.
J’étais fière de ce pied de nez que je croyais faire à la haute autorité paternelle.
Je volais littéralement au dessus des hortensias bleus, légère et innocente.
Et puis j’étais forte aussi de tous les acquis (dits et non-dits) que tu m’avais transmis.
Une petite Puce de quarante kilos avec un mental de soldat (romantique la « soldate » mais sacrément combative).

Un jour, il n’y a pas si longtemps, que nous discutions du passé, tu m’as rappelé cette saison où j‘avais la poudre d’escampette facile. En fait, tu étais inquiet. Comment aurais-je pu l’imaginer ?
Lorsque tu m’as parlé des sauts (à répétition) de ma fenêtre, j’ai pensé qu’un frère ne te l’avait rapporté. Et puis tu m’as décrit cette planchette installée savamment sur le tas de compost (ma formidable échelle vers la liberté, un peu odorante certes mais parfaite). Oui, je me souviens très exactement du moment où je n’ai plus eu à souiller mes sandalettes grâce à cette petite planche de bois, bien campée à l’horizontal. Un hasard parfait.
Un hasard paternel.

J’avais pris ta main et tu m’avais dit ce que tu m’as dit si souvent :
– « Le hasard, ça n’existe pas ma fille ! »

Ton sourire discret, je le vois encore. Le regard qui fuit pour ne pas montrer l’émotion.
Mes yeux écarquillés t’ont ravi. Et puis ce silence que nous savions si bien partager, chaud et enveloppant. Parce que les mots, on a appris à les échanger mais en vrai, tu étais aussi sauvage que moi.
Tu as été un Papa formidable.
Pour tout çà, merci.

ps : Oui, je vais en planter à l’Automne prochain des pareils aux nôtres, dans mon nouveau jardin.

8 Août 2013.

ps n°1 : Les hortensias séchés sont toujours présents dans mon atelier que j’abandonne pour voyager. Encore une fois, ils sont témoins de ma soif de partir, toujours.
ps n°2 : J’ai rendu visite aux nouveaux propriétaires de notre maison : ils ont gardé ton beau massif.
ps n°3 : Depuis, j’ai planté un hortensia dans mon nouveau jardin.

©À Vent Semant.

À la taille…

Aventsemant.AlaTaille

Aaah… le doux bruit de mobylette trafiquée du taille haie du voisin au matin. L’odeur d’essence qui s’infiltre dans la maison aux fenêtres grande ouvertes pour laisser entrer le reste de fraîcheur de l’aube.
Elle s’éteint. Ouf ! Elle redémarre… Elle s’éteint et elle redémarre encore et encore.

L’arrachage des cimes de vos « sapinounets » sans aucune technique d’approche : on coupe, on dégnape et que rien ne dépasse !
Un nid de roitelets ou de mésanges ? Rin à fout’ ! 
Qu’il est loin le temps où le jardinier passait un temps infini avec chaque branchette afin de penser comme l’arbre, de le ressentir, de respecter chacune de ses parcelles dans sa croissance et de se détourner du piaillement d’une nichée.
J’ai appris à tailler à la main, avec un taille haie qui te fait des biscotos d’enfer (oui, t’as pas vu ma carrure d’athlète? ) et qui te plonge dans l’univers secret du cœur du végétal.
Tu n’existes plus. Tu es le prolongement de l’outil et tu penses à chacune des cicatrices que tu vas laisser. Chaque coup de cisaille est pensé. Tu es dans l’estime pur.

Papipoutoudoux, je pense à toi qui m’as enseigné cet art.
Je pense aussi aux petites haies de Charmilles que tu travaillais avec amour en entrelaçant les jeunes pousses afin qu’elles se développent harmonieusement et se transforment en mur végétal. C’était beau. C’était fait avec amour et ça se voyait. Tu en étais fier et c’était bien normal.
Tu sais que Nâm taille encore sa haie avec ce vieil outil délaissé par tant de jardiniers du dimanche ? Celui de son grand-père justement. Un objet quasi « sacré » qu’il entretient avec affection et qu’il fait revivre à chaque prise en mains.
Il ne connait pas la technique du tressage ; Oui, je lui apprendrai.

Et si c’était pour cette raison que je l’ai choisi lui ? Lui qui passe du temps à s’écorcher les bras, à enfouir sa tête dans les feuillages et à en ressortir les cheveux parsemés de « floches » roussâtres ; lui qui aime ses arbres et ne pense pas perdre son temps en les traitant avec respect ; lui qui aime prendre son temps, le temps qu’il faut, sans précipitation, pour faire les choses correctement.
À y regarder de plus près, on apprend beaucoup sur un homme (ou une femme) dans sa manière de traiter un jardin. C’est ainsi qu’il traitera le reste du monde.
Je crois que, j’en suis même certaine, Papy, c’est le bon.
Tu l’aimerais.

Je me plais à vous imaginer partir tous les deux à la conquête de ce monde verdoyant qui révèle si admirablement les qualités d’un homme bon.
Je sais que vous seriez bien à deux, heureux d’effectuer un travail humble mais porteur de sens à qui sait lire les cicatrices, toutes les cicatrices ; Merveilleux hommes ! ❤

©À Vent Semant.

ÇÀ

Aventsemant.Çà

Il y a de ces jours où tout vacille. Tu le sais toi qui a perdu un être cher que la vie bascule d’une seconde à l’autre.

Et puis ces jours où tout avance par réflexe ; tel un automate tu fais ce qu’il y a à faire.

Il y a aussi ceux où tout est « perdu », plus rien ne sert à rien, la vie n’a aucun sens et tu attends la fin.

Bien sûr tu finis par connaitre et « repérer » les cycles (enfin, comme des cycles) qui te laissent penser qu’après les empâtements, après les enlisements, les écroulements, les sourires fermés et les larmes que tu ne sais même plus les sortir tellement elles ont déferlé sur tes joues creusées par l’écœurement de l’existence ; oui tu sais que la vie est une succession de bonnes et de mauvaises « choses » et que forcément la période noire va s’arrêter (oui forcément).

Tu attends.

Tu combats.

Tu patientes.

Tu sèmes de temps à autre lorsque l’Énergie te le permet quelques graines qui s’élèveront (ou pas) mais dans le doute, tu tentes de prévoir du bonheur. Sait-on jamais.

Et puis, il y a le jour où (tout comme avec une mauvaise nouvelle, tu reçois un marteau qui disloque ton cœur et ta cage thoracique entière), le jour où inversement une parole te restitue celui-ci et le remet en selle. Tel un tour de magie qui (de derrière le rideau) t’offre l’apparition de l’objet perdu.

Alors, tu tâtes ce nouveau « truc » dans ton poitrail. Tu testes le nouvel oxygène qu’il t’apporte.

Tu t’étouffes presque de ce trop plein, d’un coup, de tant de vitalité dans l’air.

Tu recules un peu mais ta curiosité l’emporte. Et puis un ressort quelque part qui trop tendu dans le sombre te pousse violemment vers la Lumière. Tu n’as pas vraiment le choix. Tu acceptes. Et, à quoi bon refuser « çà ». De la douceur, enfin.

Bien sûr, tu le sais depuis un moment maintenant : rien ne dure vraiment (oui toujours ces satanés cycles). Tu n’es pas pessimiste mais bon, tu as eu ta dose et tu n’as qu’une vie et qu’un cœur. Tu as eu le temps d’observer, pendant tes jours de « silence ».

Tu commences à vouloir te ménager même si pour être franc, tu n’en avais plus rien à faire depuis un sacré bout de temps.

Mais là, c’est la place au Bonheur. Aussi tu ne vas pas le laisser passer.

Tu fais de la place, tu ranges, tu tries chacune de tes cellules pour qu’elle laisse entrer « çà ».

Tant que l’existence le voudra tu le capteras ici, tous les jours, jusqu’à épuisement. Et même que tu continues à semer des graines parce-que tu ne sais de quoi l’avenir sera encore fait ; La destinée est pleine de surprises, pas forcément agréables, cette petite vicieuse.

Tu ne vis plus l’euphorie comme avant les jours de deuil. C’est vrai, tu es plus nuancé. Tu la captes comme un trésor, dans chaque instant, chaque couleur, chaque levé de soleil, chaque regard croisé, chaque rire, en toute conscience. Une jouissance subtile et violente aussi.

Voilà. Aujourd’hui fut un de ces jour précieux.

Tout était là présent à faire exploser mon cœur de tant de sentiments d’affection, à faire grouiller mes tripes de tant de respect partagé et couler des larmes pour enfin exprimer autre chose que de la peine ; exprimer ma reconnaissance à cette vie qui m’attendit tout ce temps pour accéder à « çà » ; exprimer aussi sans doute le regret anticipé de la fragilité de l’instant qui ne se reproduit jamais.

Que les graines continuent dans l’ombre, à croître et m’apporter encre longtemps le fruit de ma patience et de mon amour de l’existence.

Oui, « Çà » est Allégresse et ÇÀ me plait.

©A Vent Semant.

Tu prends de la place

Seulement quelques jours et tu me manques déjà.

Souvent ce sont tes bras. Des fois ce sont tes pas que je crois reconnaître s’approchant de moi. La nuit c’est ton souffle qui ne chatouille pas ma nuque, tes pieds qui n’enlacent plus les miens. Parfois c’est aussi ta voix que j’entends du fond de la maison et à laquelle je m’apprête à répondre.

Au début, cette séparation, je dois l’avouer me fait beaucoup de bien : ma solitude chérie, le rythme des journées basée sur ma seule existence, le calme et le silence (parce-que tu es une véritable pipelette tu le sais çà!?), l’épanouissement de mon Moi, rien que moi, qui me rappelle qui je suis vraiment. L’émergence de mes valeurs, de ma force et de ma vigueur. Tout cela est au rendez-vous. Tout cela ajouté aux merveilleux paysages de ma région, après le difficile épisode de l’au-revoir, m’apporte comme une bouffée d’oxygène.
Et puis, trois jours se passent et inéluctablement, le bienheureux sentiment de solitude se transforme en calvaire. L’oxygène manque.
Aaah… l’amour, qu’est-ce que ça rend fragile !

Étouffement.

Bien sûr, nous avons le téléphone auquel je reste « accrochée » tous les jours pour lire tes messages, t’écouter, te partager de mes rencontres avec enthousiasme. Ainsi, pour quelques minutes, tu es un peu là tout près de moi. Mais une fois le combiné raccroché, le temps ne veut pas s’arrêter et la bulle finit par percer.

Ce n’est pas la mort. Ouh… que non, je la connais bien. Ce n’est pas cela la mort.
Ici ce n’est pas si triste. C’est juste vide, affreusement vide. Et cela me rapproche de l’instant où la vie nous séparera.
Nous apprenons ce moment là je crois et je ne m’y fais pas. Toi qui trouves la maison bien creuse (avec comme compagnon un chat démoralisé qui perd ses poils dans l’attente de mon retour). Et moi qui me demande ce que je fabrique encore dans ma région adorée certes, plutôt que d’être auprès de l’homme que j’aime.

Mon travail est ainsi : je dois m’isoler pour travailler et puis voyager pour satisfaire les amateurs d’art qui aiment mon travail.
Je suis, une fois en mode “cocooning atelier” et une autre fois en mode “public relations”.

Grand écart.

Heureusement je suis fort occupée et je parle, je parle… (j’ai bien appris avec toi, sur les mots qui sortent. Je suis plus à l’aise je crois).
Je brasse l’air qui tasse mes épaules et puis je chasse l’autre air, celui qui tourne en rond dans mon poitrail.

Libération.

Apnée.

Libération.

Vite que nous soyons réunis à nouveau. Vite la chaleur de notre affection. Vite nos fous rires qui résonnent dans tous le quartier.

Parce qu’en vrai, je peux voir beaucoup de gens, converser de multiples fois et regarder les personnes qui me parlent (exercice toujours délicat pour un Asperger) mais ma tête est autre part ; Je ne suis pas réellement présente.
Je suis ici et ailleurs ; Dans notre “ailleurs” à nous que nous savons alimenter précieusement et qui m’apporte tant de bonheur.

Tantôt, je suis « deux ». Tantôt je suis « moitié ».

Équilibriste.

Dans mes pensées, la plupart du temps, c’est toi, tout entier, qui te promènes. Et tu prends de la place.

Tu me manques.

Long expire…

Tiens, la pluie tombe de nouveaux !?
Oui, cher Pays des Nuages, je reviens vite.

Petit sourire.

©À Vent Semant.

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Photo piochée sur GG. ©Auteur inconnu.

 

Ligérien un jour, ligérien toujours

Aventsemant. Ligérien un jour..

Je vous parle souvent de m’Allier car, en effet, je vis le long de ses rives depuis vingt-huit ans maintenant (et oui déjà!). Pourtant je suis née, j’ai vécu et grandi en bord de Loire, sa grande sœur, et j’aime la retrouver régulièrement.
Aussi je vais vous parler d’Elle.
Pour tous ceux qui se sont éveillés tout près de son lit, la Loire est comme une mère qui nous rappelle toujours auprès d’elle.
(Je subis brutalement ce tourment, moi qui m’en éloigne de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps et je souffre de cet éloignement qui je le pressens, par obligations financières, va devenir constant. Une rupture se prépare et j’en pleure par avance).
Un ligérien, qu’il quitte le berceau ou bien reste proche de ces rives richement alimentées par les crues de printemps, restera ligérien toute sa vie ; Et toute son existence il sera imprégné de la force de ce grand Fleuve que nous, ceux d’ici, nous nommons affectueusement « LA Rivière » (une expression d’anciens mariniers qui préféraient dire « Elle » en parlant de cette ensorceleuse auprès de laquelle il fallait accumuler tant d’expériences, parfois de deuils, pour comprendre ses cycles).
Ses bras nous enchantent ou nous captivent et notre imaginaire se surpasse pour toujours la sentir auprès de nous, cette sauvage qui fait battre notre cœur et enfante tant de voyages ; Soit en scrutant le frisotis de ses flots, à rester sur les plages sablonneuses, soit en voguant réellement à l’abris d’une Toue cabanée pour rejoindre la mer et la Fin des Terres.
Les enfants de la Loire sont des ténues, des amoureux de liberté, des personnes franches à la « grande gueule », aux amitiés rares mais telles que l’on n’hésitait pas à mettre sa vie en péril pour sauver l’autre, perdu dans les écumes d’un sable mouvant.
Ces enfants là sont des solides, de ceux sur qui l’on peut compter, de ceux qui ne font pas dans la dentelle et qui ne perdent pas de temps à parader. Ils sont épris du sel de la vie ; Ce sel qui n’existe pas dans cette eau tantôt claire tantôt boueuse. Ils respectent toute forme d’existence que leur fleuve fait scintiller bien plus encore en jouant toujours des trémolos quand ils s’en approchent et quand ils lui disent au revoir.
Ce sont aussi des personnes humbles qui acceptent le cours de l’Eau, sa grande vivacité et notre impuissance à la contrôler. Accepter les règles du « Grand Tout » fait partie de notre apprentissage.
Ils sont à la frontière, dans les brumes des soleils levants sur l’eau calme, entre l’ici et l’Ailleurs. Ils savent. Ils savent et se taisent parce-qu’épris de cette grande Dame fluctuante et respectable, aucun mot n’est assez grand pour la décrire vraiment, et pour dire vrai, aucun ne veut réellement la partager. Elle est notre secret. Elle est notre force, notre « sève » et chacun, n’importe où dans le monde, saura reconnaître l’un de ses rejetons, à l’écho de sa voix, porteur de la fougue toute particulière de notre magnifique, indomptable et sauvage LOIRE. 
Post scriptum : Petite pensée pour Céline, Nicolas (se battant actuellement contre un méchant cancer) et leur adorable fillette Camille qui détiennent eux aussi cette puissante énergie de notre Loire. Force à eux. Force et courage.
©À Vent Semant.