l’Angèle veille

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Tout d’abord il y eut les nuages ; Ces nuages attachants de Belgique qui, malgré la distance, nous ont suivis jusque dans ce recoin de France protégé par la montagne des trois Becs.
Une nuit complète sur la route.
Le soleil se lève mais il reste à l’écart, protégé par de grosses masses ombrageuses dans le ciel. Pourtant, immédiatement, les yeux fermés, la brise te renseignerait sur ta destination : des pins à profusion, la délicatesse de la fleur de clématite sauvage, la mauve, le plantain, les chênes truffiers, les tilleuls et puis la roche. Cette roche semblable à mes jeunes années en Haute-Loire. Si si… renifle-bien et tu remarqueras le goût du basalte et du calcaire qui se glisseront jusque sur ton palais. À moins que ce ne soit le goût ferreux de l’eau claire et riche brassée par le courant du torrent qui se mêle au mistral.Aucun doute, nous approchions du but.
Quelques derniers kilomètres sur des petites routes en lacets et puis le dernier chemin, tout droit, tout caillouteux qui dégage une légère poussière sur notre passage. Assurément, chaque visiteur est repéré de loin.
Le Cyprès. Nous y sommes. Les retrouvailles. Mon petit homme, sa tante et son oncle. Moi qui ravale ma glotte de tant d’émotions partagées, de tant de pudeur.
Le Soleil est bel et bien présent, au cœur de cette rencontre dans la vallée de la Drôme, dans cette maison, ce grand domaine, terrain fertile qui a vu gambader les enfants de la famille, été après été.
Le décor est posé.
Une tartine, deux tartines, un verre, deux verres, la découverte de notre chambre, nos bagages débarqués et sans perdre de temps sur notre court séjour, décision fut prise d’aller voir la rivière : le Roubion qui coule un peu plus bas de la propriété.
La fatigue envolée, chaque instant était à vivre tout de suite. Une espèce de boulimie de récolte de sentiments, de pigments et de parfums était en marche. La pluie n’est pas tombée. Le beau temps, protégé par les grands vents, a réapparu et les balades en sandalettes ont pu se multiplier.
Tant de choses à raconter. Tant d’images enregistrées. Tant et tant d’instants mémorisés. Quelques photos pour “garder” des traces. Je ne saurais tout raconter en quelques lignes. Beaucoup de Pagnol, partout. À relire. Un livre entier sous nos yeux ; Enivrant.

Par delà toutes les découvertes que j’ai faites, un fil conducteur : l’enchantement de l’homme de mon cœur devant chaque colline, chaque montagne, chaque chemin, chaque caillou (il en a rapporté un) et puis chaque recoin de la maison.
Tant de souvenirs gravés dans sa mémoire ; et de l’observer retrouver tous ces parfums, marcher sur ses pas de petit garçon et jouir de cette joyeuse euphorie au sein de sa famille était un cadeau de chaque instant. Que d’amour lui fut prodigué dans ce cadre enchanteur. Je le pressentais depuis quelque temps déjà et là, je l’ai ressenti. Ses petits yeux grands ouverts sur cette immensité, à percevoir le temps passé et à profiter à rebours de la magie de cet endroit qui a nourri son enfance et l’accompagna jusqu’à aujourd’hui. J’ai donc découvert l’un des recoins du cœur de mon Nâmoureux. J’ai trouvé la source de son petit côté “sauvageon”, le centre de son indépendance d’esprit ainsi que la base de son éducation. Comme il dut être bon de “pousser” entre la montagne des trois Becs, le torrent vivifiant, les champs grouillants de gibier, les papillons volant par nuées, les lézards de toutes sortes, les chauve-souris et puis la rivière, les couleuvres, les journées à crapahuter au grand soleil en totale liberté, le torse nu, les rires et les jeux partagés avec tes cousines.
Je t’imaginais tout minot, vivant une enfance semblable à la mienne en Haute-Loire. Pour ma part, durant cette parenthèse dans ce cadre féérique habillé de la forêt de Saou où la nature est reine, j’ai fait la connaissance du brocard, surpris dans le champs à la nuit tombante. J’ai aussi aperçu le mulot gourmand grimper le long du figuier au petit matin. Une couleuvre vipérine qui dégerpit au bruit de mes pas. Et puis les énormes chauves-souris, pas gênées, qui se gratouillaient le bedon à quelques mètres de la table au dessus de la terrasse. J’ai également appris le nom des montagnes.
Le Pic de la Chaudière a ma préférence mais j’ai aussi un petit faible pour la montagne d’Angèle (prénom cher à mon cœur) ; et de savoir qu’Angèle t’y a vu caracoler, veille cet endroit et le veillera pour toujours me fait fondre d’émotion.

Je comprends encore un peu plus ce qui nous rapproche tant.
À quelques cent-quatre-vingts kilomètres de distance, nous avons gambadé dans des terres vierges où l’enfant était Roi, où il avait comme domaine, la campagne à perte de vue, où toutes les histoires étaient possibles, tout était à conquérir et où tout finissait bien jusqu’à la fin de l’Été.
Qui eut pu imaginer que ces deux galopins à l’assaut des montagnes se rencontreraient un jour ?
Chaque année repoussant l’année précédente, doucettement nous avons grandi puis quitté ce paradis à la recherche de notre vie. Une sorte d’ingratitude mais aussi un élan donné par la vivacité de cet espace qui rend fort à jamais.
Toutefois, un jour vient où l’on se retourne et où l’on prend conscience que l’endroit dans lequel se love notre vivacité chancelante est ce lieu ; Celui-là même qui ne nous a jamais quitté et dans lequel nous plongeons par la pensée pour nous ressourcer encore et encore.
Qu’est-il devenu ?
Que suis-je devenu ?

Il y a quatre ans de cela, tu m’as fait la surprise de m’emmener dans mes terrains de jeux d’enfance. Ceux dont je te parlais tant. Moi qui n’osais plus. Moi qui craignais ne rien retrouver.
Tout était intact et ma force vive s’est rechargée comme par magie. Le charme a opéré. Je t’en suis reconnaissante.
Cette fois-ci, c’est toi qui m’as présenté ton monde à toi ; un monde enchanté qui, je le sais, imprègne fortement chacune de tes cellules.
Je suis heureuse d’avoir assisté à ces retrouvailles. Je suis heureuse et émue d’avoir auprès de moi un “homme des bois”, un homme qui respecte la vie, écoute le chant des oiseaux et sait regarder par delà les apparences. Un pareil à moi élevé dans la tendresse d’un foyer solide auprès de montagnes généreuses. Des racines vigoureuses.
Je comprends mieux.
Comme il me fut bon de vivre ce séjour auprès de toi, auprès de vous, Louise et Jean-Paul.
Participer à ce ressourcement fut une riche expérience.
J’ai appris que par ici on ne dit pas “merci” à quelqu’un (cela signifierait que l’on n’a plus besoin de lui). Aussi, je garde au chaud mes mercis et je charge les vents de disperser de tendres baisers parfumés au Picodon, que je grignote depuis notre retour, à vous deux, chers Oncle et Tante, à la Drôme et à la Vie qui avez su nous gâter chaleureusement, enchanter cette échappée et nous rappeler la préciosité du lien.

On passe bien souvent à côté de tout. Tout nous échappe, sans arrêts, même ceux qu’on aime. Mais quand tout s’arrête il nous reste la certitude que certains moments ont été des instants de bonheur ; et ces quelques jours, assurément, sont de ceux là.

Rose

©À Vent Semant. 30 Juillet 2017.

Carte postale d’Oostende

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Le vent qui colle à tes mollets.

Mon béret qui cherche à s’échapper.

Un grand sourire aux dents qui laissent passer le sable dans ma bouche. Sensations, croustillantes.

TiChien qui lutte contre les bourrasques, prêt à s’envoler. Le sourire des passants.

Nos cheveux ébouriffés nous rendent pareils à une nichée trop vite envolée ; épouvantails.

Un homme au loin, joue avec son chien. Petit air d’un Homme et une Femme.

L’écume qui se frotte à la plage. La mousse marine.

Le Vent. Ce vent qui te fait parler fort pour me dire des mots doux. Ce vent qui vient d’où ? Je l’imagine porté depuis des terres froides, ayant caressé le dos d’un ours polaire pour arriver jusqu’à moi, petite auvergnate en bord de Mer.
« Attention, tu manges un poil blanc ! »

Cling Cling Cling… mats des voiliers.

La magie de ce bruyant voyageur invisible. Vas-y, viens te cogner à mes tempes ! Vie qui glisse puissamment. Frottement précieux.

Le ciel, bas. Ce ciel si porteur d’inspiration, aux poètes comme aux peintres.

Des nuages comme sur un plateau transparent ; posés ; déposés ; glissant dans cette sphère qui nous surplombe. Discrète et lourde.

Un papier froissé qui roule comme une balle. L’odeur de gaufres qui l’accompagne.

Pas de mouette à l’horizon. Malignes, elles savent rester à l’intérieur des terres.

La mer, grisonnante et sombre qui cherche à chasser les cerf-volants.

Plus de parasol. Pas de parapluie. Tout est inutile. Tout est là.

L’iode, précieuses volutes qui se parsèment dans mes neurones. Oui aussi, ça rentre partout cette petite particule. Ça rend heureux ; un petit peu saoul aussi ! Merveilleuse drogue douce !

Les joues cramoisies. Fouettées par le « Temps ».

Ton écharpe de coton bleu clair qui s’évade au bout de tes doigts. Douceur…

Ta main qui range mes cheveux.

La tonnelle au dessus de notre Cécémel, qui se tend, se détend.

Tape tape tape !

Le petit pompon de ma petite Mary qui frétille au sommet de son bonnet.

Un petit soleil qui nous éclaire. Ses petits yeux rieurs et complices.

Du bonheur dans les regards. Des cœurs gonflés.

Merci Oostende.

Merci la Mer.

Merci mon Cœur.

Il fait froid. Il fait venteux. Il fait gris et je suis bien.

À tous… bonjour d’Oostende. 🙂

©À Vent Semant.

Ligérien un jour, ligérien toujours

Aventsemant. Ligérien un jour..

Je vous parle souvent de m’Allier car, en effet, je vis le long de ses rives depuis vingt-huit ans maintenant (et oui déjà!). Pourtant je suis née, j’ai vécu et grandi en bord de Loire, sa grande sœur, et j’aime la retrouver régulièrement.
Aussi je vais vous parler d’Elle.
Pour tous ceux qui se sont éveillés tout près de son lit, la Loire est comme une mère qui nous rappelle toujours auprès d’elle.
(Je subis brutalement ce tourment, moi qui m’en éloigne de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps et je souffre de cet éloignement qui je le pressens, par obligations financières, va devenir constant. Une rupture se prépare et j’en pleure par avance).
Un ligérien, qu’il quitte le berceau ou bien reste proche de ces rives richement alimentées par les crues de printemps, restera ligérien toute sa vie ; Et toute son existence il sera imprégné de la force de ce grand Fleuve que nous, ceux d’ici, nous nommons affectueusement « LA Rivière » (une expression d’anciens mariniers qui préféraient dire « Elle » en parlant de cette ensorceleuse auprès de laquelle il fallait accumuler tant d’expériences, parfois de deuils, pour comprendre ses cycles).
Ses bras nous enchantent ou nous captivent et notre imaginaire se surpasse pour toujours la sentir auprès de nous, cette sauvage qui fait battre notre cœur et enfante tant de voyages ; Soit en scrutant le frisotis de ses flots, à rester sur les plages sablonneuses, soit en voguant réellement à l’abris d’une Toue cabanée pour rejoindre la mer et la Fin des Terres.
Les enfants de la Loire sont des ténues, des amoureux de liberté, des personnes franches à la « grande gueule », aux amitiés rares mais telles que l’on n’hésitait pas à mettre sa vie en péril pour sauver l’autre, perdu dans les écumes d’un sable mouvant.
Ces enfants là sont des solides, de ceux sur qui l’on peut compter, de ceux qui ne font pas dans la dentelle et qui ne perdent pas de temps à parader. Ils sont épris du sel de la vie ; Ce sel qui n’existe pas dans cette eau tantôt claire tantôt boueuse. Ils respectent toute forme d’existence que leur fleuve fait scintiller bien plus encore en jouant toujours des trémolos quand ils s’en approchent et quand ils lui disent au revoir.
Ce sont aussi des personnes humbles qui acceptent le cours de l’Eau, sa grande vivacité et notre impuissance à la contrôler. Accepter les règles du « Grand Tout » fait partie de notre apprentissage.
Ils sont à la frontière, dans les brumes des soleils levants sur l’eau calme, entre l’ici et l’Ailleurs. Ils savent. Ils savent et se taisent parce-qu’épris de cette grande Dame fluctuante et respectable, aucun mot n’est assez grand pour la décrire vraiment, et pour dire vrai, aucun ne veut réellement la partager. Elle est notre secret. Elle est notre force, notre « sève » et chacun, n’importe où dans le monde, saura reconnaître l’un de ses rejetons, à l’écho de sa voix, porteur de la fougue toute particulière de notre magnifique, indomptable et sauvage LOIRE. 
Post scriptum : Petite pensée pour Céline, Nicolas (se battant actuellement contre un méchant cancer) et leur adorable fillette Camille qui détiennent eux aussi cette puissante énergie de notre Loire. Force à eux. Force et courage.
©À Vent Semant.

Le Gris n’existe pas

Aventsemant. Le gris n'existe pasMa région est une merveille, une fête pour les yeux. Le gris n’existe pas.
À chaque fois que je redescends du Nord, cela me saute aux yeux (encore plus que par le passé).
Il y a toujours, pour qui sait regarder, un enchevêtrement de tons colorés, comme un kaléidoscope. Du vert, du jaune, de l’orange, du violet, de l’indigo et bien sûr, toutes sortes de bleus.
Tout est présent pour nourrir ma palette de coloriste « enragée ».
D’ailleurs, l’inspiration est au rendez-vous (j’avais presque envie de dire : « est au garde à vous »), devant cette multitude de stimulations rétiniennes.
Allez hop hop hop… un cliché pour ne pas oublier.

Tous avec moi…

Aventsemant.Tousavecmoi

Les arbres solides, lien entre le ciel et la terre ; On me soutient.
Les nuages protecteurs porteurs des sucs des grands vents ; On me suit.
Et les terres retournées vaillament qui fleurent bon les lombrics et la vie souterraine ; On se prépare à donner ses fruits.
Tous avec moi…
©À Vent Semant

L’Étoile

Àventsemant. L'étoile

Mes pas du soir me mènent au bord de l’eau, au bord de cette précieuse rivière qui coule et coulera toujours. Dieu que je lui en ai voulu de ne pas cesser de bouillonner les jours, où le cœur serré, je revenais d’un enterrement et où tout était figé, où je désirais que tout cesse de palpiter.
Le temps peut s’arrêter, pourtant m’Allier traverse incessamment les régions à la recherche de la mer, elle passe devant ma porte, accompagnée des saumons qui viennent s’aimer dans ses fonds.
Le calme et ce faux silence après la grande brassée de monde qui fêta Pâques sur les rives. Le vent est frais juste ce qu’il faut pour que j’ai enfoncé mon béret sur la tête.
Mon écharpe autour du cou un peu fragile avec ma nuque dégagée, je continue ma promenade du soir avec mon fidèle Tichien qui comprend que la balade va s’étaler sur plusieurs kilomètres.
Je m’arrête longuement à écouter les flots, à sentir l’odeur significative quand les choses bougent, l’odeur des moules, de la vase et celui de la terre fraîchement remontée par les taupes qui sentent que la crue approche.
La vie continue ici, dans ce petit coin de paradis.
Je prolonge ma balade. Je butte contre une motte de terre (petite pensée pour la taupe qui est chez elle).
La nuit s’installe et je marche à tâtons dans ces lieux que je connais si bien.
Plus loin, les odeurs de sangliers qui n’ont pas échappé à la petite truffe en avant de mon compagnon à quatre pattes.
Le port, le long du canal qui miroite des lampadaires récemment installés et scintille beaucoup, presque trop. La nuit n’existe plus de ce côté-ci de mon chez-moi.
Je prolonge, je sors du port et j’accède à la partie qui longe la forêt. J’entre dans la forêt. J’aime toujours entrer dans la forêt à la nuit tombante. Comme un animal, les sens en éveil, je m’y sens chez moi.
Un cri, comme celui d’une fille qu’on égorge. Je m’interroge. Il retentit encore et puis encore, plusieurs fois. Ma présence ne dérange pas. Puis je souris à l’idée que j’avais oublié ce cri caractéristique de la renarde qui appelle le mâle. Mais nous sommes au printemps, les renardeaux sont dans les terriers, aussi était-ce sans doute des renards qui se chicanent.
Je renifle les marquages. Je respecte et choisis de ne pas aller déranger. Je rebrousse chemin et je prends un petit sentier connu des autochtones (les touristes ne le voient pas). La nuit m’enveloppe. Petite pensée pour Lola ma renarde qui jouait avec moi dans ce terrain là.
Sur le retour je reprends le chemin de halage. Un couple de canards sauvages s’envole.
Je surplombe le jardin d’un voisin et j’aperçois des lapins jouer dans son gazon. Tous les ans, il les maudit à saccager son potager mais ils sont toujours là ; Et j’imagine que quelques-uns d’entre eux finissent à la casserole. Oui, nous sommes à la campagne et certaines personnes savent encore tuer pour manger. C’est ainsi. Je me fais peut-être des idées mais courez loin les lapinous.
L’un d’entre eux m’aperçoit. Tout le monde s’arrête net. Magnifique image d’ombres chinoises aux longues oreilles. J’attends. Je respire jusqu’à percevoir leur odeur. Les présentations sont faites. Je reprends ma marche.
La péniche sur le côté éteint ses lumières. Le clapotis de l’eau persiste.
J’entends au loin le croassement des grenouilles de la mare cachée par la maison de Marie-Pierre.
Une heure passa dans ce crépuscule parfumé et joyeux. Une parfaite communion. Un sentiment de sérénité que l’Étoile tout là-haut couva de sa lueur ancestrale.
Elle est présente. Entre deux passages de nuages, L’Étoile veille.
Merci de veiller à ce monde précieux qui m’est si cher mais je t’assure l’Étoile que tu peux veiller d’autres lieux, d’autres régions partout dans le monde qui ont largement plus besoin de toi. Personne ne t’en voudra.
Je t’aime l’Étoile mais ici, le monde va bien, les êtres vivent bien et je t’assure, sans vouloir t’offenser, que si tu t’absentes quelque temps, la vie continuera dans l’énergie ligérienne qui apporte vigueur et santé.
Ici est un tout, dont tu fais partie bien sûr, mais nous saurions tenir et te partager à d’autres. Oui, nous nous morfondrions, évidemment.
Mais je t’en prie, va voir ailleurs, va veiller sur d’autres. Nous t’attendrons, nous prendrons soin les uns des autres. Tu dois vraiment veiller autrement plus vaillamment d’autres contrées. Nous ne t’en voudrions pas.
Charge-toi du monde ; celui qui a mal. Illumine autre part. À moins que tu n’aies déjà essayé et que tu aies perdu patience ?
Allez, essaie encore une fois, pour moi, pour nous tous. Il est peut-être encore temps. Le monde va mal.
Bouge-toi l’Étoile, c’est le moment.
©Rose

 

Et tant d’Âmes

Je me sens bien dans un cimetière. Rien de morbide là dedans.
Tant d’âmes et tant de vies, pleines ou écourtées.
Le vent froid qui résonne comme autant de messages de bienvenue susurrés entre les mailles de mon béret. Une solitude qui n’en est pas une. Résonance.
Un après-midi de fin d’hiver à saluer chacune des personnes ici présentes, sous les dalles ou la terre battue.
©Rose

 

Retrouver la quiétude

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Des mouettes, des pigeons et des Bernaches.
Ce canal qui me rappelle, en bien plus grand, mon petit canal du nivernais. De grosses péniches au loin.
Le clocher de l’église qui dit que la ville est là, toute proche. Trois fois. L’heure du goûter approche.
Le vent qui me fouette le visage.
Et le ciel. Un gouffre renversé par dessus nos têtes. Ce ciel incomparable que je ne trouve dans aucun autre endroit. Il est vrai que je voyage beaucoup mais que je me pose peu. 
Un ciel bas, chargé, lent à se déplacer ; Un ciel comme engendré par moult chamailleries éoliennes qui voudraient s’apaiser en se câlinant aux eaux froides, flegmatiques et faussement stagnantes du canal afin de retrouver sa quiétude.
Parfois ils se rencontrent, les plus beaux jours de l’Été ; Alors le bleu du ciel ravive toutes les maisons de briques. L’orange et le turquoise bientôt s’uniront et la région s’étoffera de nouvelles teintes, chatoyantes. 

Puis, se reposer les iris.

 

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Couverte de mon gros manteau, mon écharpe, mon béret (+4°C seulement tout de même) et accompagnée de mon fidèle Tichien en liberté.

Un grand bol d’air le long du canal de ce Nord qui perturbe ma boussole.

Un Cécémel chaud en rentrant.

Je remets le poêle en route. La chaleur du bois qui flambe et le craquement des flammèches qui se tapent contre la vitre.

Profiter du silence et laisser se reposer les iris qui auraient voulu se cacher loin derrière l’orbite, violentés face à tant de lumière brute.

Les prémices du printemps qui approche avec encore les plaisirs de l’hiver.

On tient le bon bout.

©Rose.