La nappàmaman

lanappàmaman

Une nappe. La nappe.
Combien d’enfants auront bavé dessus ? Combien d’oncles auront laissé couler la goutte de vin le long du verre à pied ?
Et les miettes ? Le pain rompu. Les restes de pain que l’on dispersait dans le jardin.
Combien de passages d’éponge après chaque repas.
Car elle était recouverte d’une toile transparente que je détestais mais ô combien pratique, tant les grandes tablées se suivaient et ne laissaient que peu de temps à maman pour tout préparer.
Bien sûr, nous l’aidions. Chacun avait son rôle. Y compris celui de mettre une joyeuse pagaille dans la maisonnée.
Un jour. Une armoire à vider. Cette nappe.
Je n’ai pas su la jeter. Des années après, je la retrouve , je la déplie. Elle est très usée. Même maman n’avait pas su la jeter.
Je la respire espérant, comme un chien, retrouver son maître.
Décidée à lui offrir une fin de vie digne, je la dépose sur la table du jardin.
Pas de plastique dessus. Juste du soleil, des auréoles de vin et ce soir, quelques gouttes de pluie ; et puis les rires de la marmaille et la grosse voix de papa pour calmer tout ça.
Bref, il pleut sur la nappàmaman.