Luminosité de l’Air

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Luminosité de l’Air
Ouvrons grand les yeux
Gonflons large nos poumons.
©À Vent Semant.

Un joli matin d’Automne

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Ce matin :

Le ciel d’automne est enfin arrivé.
Comme une neige en attente dans les cieux. D’un seul coup. La Toussaint fait son approche.
La brume ne se lève pas, ne tombe pas non plus. Arrêt sur image.
Un gris de Payne saturé, de haut en bas.
Absence d’horizon. Seules les feuilles colorent le paysage. Ça manque de contraste.
Même pas une once de vent pour faire bouger tout çà. De l’action quoi !

Je traine au lit, enveloppée des restes de mes songes.
Quelques freux croassent dans la forêt tout à côté. Ça donne le ton.
Grochat rentre. Il a passé sa nuit, j’imagine, à compter les étoiles. Il vient se lover à mes pieds. Son ronron me berce et m’appelle au réveil.

Le « petit » homme lui, s’extirpa des draps bien plus tôt, gaillard et fidèle à l’image du ressort que je me fais de lui chaque matin.
Un creux dans le matelas, dans lequel je me roule avec délice.
Une marmotte et une sauterelle sous le même toit.

Les effluves du café qui remontent jusqu’à mes narines.
Le poêle à bois qui laisse s’échapper les premiers crépitements annonçant le bien-être et la chaleur dans le foyer.

La tentation de poser un pied au sol qui commence à monter.
Et puis sa voix, chaude et douce, accompagnant le petit déjeuner dans les plis de mes rêves éclos.

« Bonjour… »

Tichien qui saute de joie de me savoir ouvrir les yeux. Grochat, imperturbable.
La maisonnée est là, toute entière contenue dans ce rectangle duveteux, comme sur un radeau. La joie aussi.
Le sourire de celui qui te veut bien, te chérit et te renvoie la chaleur d’un soleil tout entier.
La tasse fumante portée à mes lèvres.
Nos cheveux ébouriffés comme pour nous rappeler par ce feu d’artifice, la chance de se réveiller encore un matin, encore à deux, encore au chaud.

Un joli matin d’automne que j’aime.

À noter dans ma mémoire pour mes vieux jours.

Merci la Vie.

©À Vent Semant.

Ton Jean chéri qui t’adore

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Quatre années que je détiens cette valise en carton.

Un jour : vider la maison.
– Tiens Rose, c’est à toi qu’elle revient.
– !!!?
La « littéraire », la sensible, la nostalgique… dans la fratrie, c’est moi.
Placée dans un coin de ma chambre tout ce temps. Et voilà, aujourd’hui, je l’ouvre.

Toujours connue dans le fond de l’armoire de mes parents.
Quand j’étais enfant, quelques-fois énoncée par maman.
Un peu ouverte avec des explications floues, de la nostalgie, des mots qui faisaient « bizarre » dans la bouche de cette femme toujours maître de ses émotions. Le sentiment d’avoir à respecter son contenu, entouré d’un ruban bleu et l’impression étrange, innenvisageable et pourtant palpable que mes parents furent un jour, jeunes et passionnés l’un de l’autre.
Plus tard, bien plus tard, régulièrement ouverte par papa, pendant ses années de solitude. J’apercevais parfois une lettre sur la table avec sa grosse loupe posée dessus.
Ces jours là, je comprenais qu’on ne parlerait pas comme à notre habitude avec cet émoi surgissant de ces feuilles jaunies refondu par le deuil qui accentue le Tout.
Il me parlait de son parfum. Il me parlait de ses courbes aussi ; et se rappelant qu’il se confiait au fruit de leur amour, il se taisait pudiquement et laissait courir le silence de ce grand vide pour lui, et pour nous tous d’ailleurs.
Son regard posé sur moi dans ces moments là, lui torturait le cœur.
Tout, dans mes expressions, mes anxiétés, mon empathie et mon odeur, lui rappelait Elle, son épouse. Ces jours là, je repartais plus vite et prenais mes bras comme mouchoir dans le creux de mon siège auto.

Ainsi inscrits avec la plume, les doux mots des premiers temps de cet amour si fort et silencieux accompagnèrent mon père, toujours.

Aujourd’hui Mercredi 12 Octobre 2016, j’ouvre une enveloppe, la première sur le « tas ».

Le ruban bleu a disparu. Un élastique autour d’une pile. Rien autour de l’autre.
Je lis.
Je prends du recul pour ne pas paraître indiscrète. J’ai mis du temps pour accepter de le faire sans me sentir curieuse.
Je suis prête. Je le fais naturellement.
Je découvre enfin tous ces mots non-dits pendant mon enfance. Je comprends ces messages qui passaient d’entre leurs yeux qui se croisaient dans la maisonnée.
Je vois combien sans téléphone portable, sans internet et avec la distance géographique et la lenteur postale, combien ils eurent à s’accrocher, à douter, à s’inquiéter d’être sans nouvelle de l’Autre qui hantait toutes leurs pensées.
La torture de l’attente. Les horaires de bus et de trains. Les contraintes professionnelles.
Je perçois le combat et la volonté d’être ensemble pour toujours.
Je ne pleure pas. Je suis heureuse de les retrouver mes deux parents comme deux adolescents au cœur retourné d’émotion.
Ils s’aimèrent tant ces deux là. Maintenant, j’en suis certaine.

Extrait :
Villechétive, le 6 Septembre 1962 (ils ne s’étaient pas vu depuis trois semaines) :

 » Ma Mireille Chérie,
Il faudra que tu me préviennes du jour où tu pourras venir et moi j’irai te retrouver là-bas.
On aura toute la journée pour se promener comme deux amoureux serrés l’un contre l’autre et se dire des mots tendres en se regardant dans les yeux.
Ainsi je pourrai admirer le tremblement de tes lèvres si douces dont j’aimerais tant retrouver la saveur dans un doux baiser.
(…)
En espérant que ces quelques mots dissiperont ton cafard et que tes craintes seront apaisées.
Je t’embrasse tendrement et t’enveloppe de mes plus doux baisers.

Ton Jean chéri qui t’adore.  »

À Vent Semant. Octobre 2016.