L’écureuil s’en fiche

Aventsemant. L'écureuil s'en fiche

Photo sans grand intérêt à part l’écureuil présent et le voile noir qui recouvre mes iris.

 

25 Août 2014 :

Être allé voir sa grand-mère pour la dernière fois (pour la troisième fois) et songer que cette fois c’est vrai, c’est sûrement la dernière.

L’odeur pestilentielle que ses pieds dégageaient par delà les pansements.
Songer à ses moignons qu’elle devine mais ne voit jamais, à sa mémoire qui se dissipe, à ses muscles qui s’éteignent façonnant son corps amaigri à ce fauteuil roulant qui ne la lâchera plus jamais, à la promenade sous cette lumière qui l’aveuglait mais qu’elle dégusta comme une friandise qui « sucra » tout son corps meurtri et puis cette main qui s’agrippa à la mienne en me suppliant de ne pas la lâcher.

Penser : Dieu, Ciel, Terre, Énergie de tout l’Univers et par delà, je te prie, je t’invoque et te demande de ne pas laisser cette femme si droite dans ses bottes toute sa vie, si forte et généreuse, si digne aussi, si attentive aux autres, d’arriver au seuil de son existence dans un état où elle n’aurait jamais laissé aucune personne ni aucun animal.

Je pleurerai. Que oui, je pleurerai. Mais pour l’instant ma gorge se serre et je pleure plus fort de savoir son cœur si solide qui supporta tout d’une vie si rude et qui ne veut rien abandonner de sa tâche. Il affronte encore tout çà, vaillant.
S’il te plait, magnifique cœur qui tint toujours bon, arrête de faire le « fier ».
Nous le savons que tu es exceptionnel et que tu es en partie responsable de la grande force vitale de cette jeune femme devenue « mémé ». Mais s’il te plaît, abandonne-la ! Abandonne-la doucement avant que les douleurs ne la défigurent davantage, avant que son esprit ne s’échappe plus loin et qu’elle ne se raidisse brutalement à la lueur d’une compréhension furtive.
Laissez-la se reposer.

Ps : Et pendant ce temps, l’écureuil dans la cour de cette « maison », s’amusait à enterrer son trésor, la Noix.

©À Vent Semant

 

Effiler les Haricots comme on effile le Temps

Aventsemant. Effiler les haricots

La même nappe, les mêmes gestes…
Le père en bout de table qui rappelle les bonnes règles de l’effilage. La mère qui fait la navette entre la grande tablée et le stérilisateur.
Et moi qui grignote la moitié de ma part et qui aura perdu la « course » à celui qui en ferait le plus.
Voilà, j’ai 12 ans et j’me marre avec mes frères.
Même tout petitement, mon potager, à chacune des étapes, me fait remonter le temps.
©À Vent Semant.

Quelques boules d’Hortensia séchées

Aventsemant.Quelques boules d'hortensia séchées

Texte écrit en Août 2013. Je le retrouve. Je le partage ici :

Quelques boules de fleurs d’Hortensia séchés depuis deux années dans l’Atelier. Nous les avions coupées ensemble. Elles trônent dans mon atelier.
Là-bas, dans notre maison, ils sont sans doute en fleurs, je l’espère, toujours au pied de la fenêtre de ma chambre d’adolescente.
Les fortes chaleurs, la moiteur du mois d’Août me rappellent les sauts de bichette que j’effectuais dans mes jeunes années, par dessus leurs pommes bleues, pour ne pas les froisser.
J’appris, de ta bouche, bien longtemps après, que tu savais.
Malgré mon attention à ne pas les abimer, quelques branchettes recourbés j’imagine.
Et puis, les traces de mes petites chaussures qui gravaient le tas de compost au bout du jardin, au pied du mur (çà, c’était le dernier obstacle avant la Liberté) ; Ces petites empreintes ne t’avaient pas échappées, toi l’homme des bois qui savait repérer la coulée de n’importe quel animal de la forêt.

Tu m’interdisais et tu avais l’élégance et l’intelligence de me laisser ignorer les règles.
Je gérais bien avec ma petite cervelle de « rebelle » et m’astreignais, l’air de rien, à une conduite qui ne devait pas faire ombrage à tes valeurs qui dans la « savane », loin du foyer, confrontée au monde, devenaient miennes. C’était le but bien évidemment.
J’appréhendais le réel. Je sortais du cocon.
J’étais fière de ce pied de nez que je croyais faire à la haute autorité paternelle.
Je volais littéralement au dessus des hortensias bleus, légère et innocente.
Et puis j’étais forte aussi de tous les acquis (dits et non-dits) que tu m’avais transmis.
Une petite Puce de quarante kilos avec un mental de soldat (romantique la « soldate » mais sacrément combative).

Un jour, il n’y a pas si longtemps, que nous discutions du passé, tu m’as rappelé cette saison où j‘avais la poudre d’escampette facile. En fait, tu étais inquiet. Comment aurais-je pu l’imaginer ?
Lorsque tu m’as parlé des sauts (à répétition) de ma fenêtre, j’ai pensé qu’un frère ne te l’avait rapporté. Et puis tu m’as décrit cette planchette installée savamment sur le tas de compost (ma formidable échelle vers la liberté, un peu odorante certes mais parfaite). Oui, je me souviens très exactement du moment où je n’ai plus eu à souiller mes sandalettes grâce à cette petite planche de bois, bien campée à l’horizontal. Un hasard parfait.
Un hasard paternel.

J’avais pris ta main et tu m’avais dit ce que tu m’as dit si souvent :
– « Le hasard, ça n’existe pas ma fille ! »

Ton sourire discret, je le vois encore. Le regard qui fuit pour ne pas montrer l’émotion.
Mes yeux écarquillés t’ont ravi. Et puis ce silence que nous savions si bien partager, chaud et enveloppant. Parce que les mots, on a appris à les échanger mais en vrai, tu étais aussi sauvage que moi.
Tu as été un Papa formidable.
Pour tout çà, merci.

ps : Oui, je vais en planter à l’Automne prochain des pareils aux nôtres, dans mon nouveau jardin.

8 Août 2013.

ps n°1 : Les hortensias séchés sont toujours présents dans mon atelier que j’abandonne pour voyager. Encore une fois, ils sont témoins de ma soif de partir, toujours.
ps n°2 : J’ai rendu visite aux nouveaux propriétaires de notre maison : ils ont gardé ton beau massif.
ps n°3 : Depuis, j’ai planté un hortensia dans mon nouveau jardin.

©À Vent Semant.