4 ans et 1 jour

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4 ans et 1 jour.
Je me rappelle : Sur le seuil de ma maison, en fermant la porte pour rencontrer mon destin, je trouve cette coquille vide porteuse d’une éclosion récente. J’ai pris « çà » comme un signe.
Je partis donc à mon rendez-vous le cœur léger avec la promesse d’un nouveau départ.
Cette coquille vide me donna de l’assurance et immortalisa cette journée comme un passage qui allait changer ma vie.
Ce signe fut exact et de bonne augure : mon existence prit en effet une nouvelle tournure.
Cette vie qui tient à peu de choses, et la confiance en elle aussi.
4 ans et 1 jour, je me souviens ; et je suis seule à me souvenir.
Vite que je vieillisse encore, que je ne me souvienne plus et que ces instants précieux passés ne réveillent plus en moi une mélancolie douloureuse et sclérosante.
©À Vent Semant

Tous avec moi…

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Les arbres solides, lien entre le ciel et la terre ; On me soutient.
Les nuages protecteurs porteurs des sucs des grands vents ; On me suit.
Et les terres retournées vaillament qui fleurent bon les lombrics et la vie souterraine ; On se prépare à donner ses fruits.
Tous avec moi…
©À Vent Semant

Trois petits jappements…

Du fond de mon lit au petit matin.
Des petits jappements ; Trois.
De ceux qui sont étouffés par la peur d’être repéré mais qui doivent « sortir », emplis d’angoisse. De ceux qui, à une époque, me levaient dans la nuit pour apaiser une petite boule de poils rousse. On n’oublie pas « çà ».
Comme un aboiement avec des intonations de chat. Court et duveteux à la fin.
– Aouûw Aouûw Aouûw…
Je connais bien cet appel. Pour qu’il soit émis c’est que l’instant était « grave ». Renardeau est indépendant, très ! Aussi, tout petit, à la sortie du terrier, il se fait des frayeurs tout seul à gambader comme un conquérant dans la forêt.
Sa fratrie est-elle encore là ? Sa mère a dû le retrouver. Le chasseur n’est pas passé, pas à cette heure là. Est-il le dernier rescapé d’un déterrage ? Un petit unique dans une portée, c’est triste et de moins en moins rare.
Un renardeau était donc seul, cette nuit, tout proche. Quelques instants je l’ai perçu tout près de ma couche ; comme de l’autre côté du mur. La forêt toute proche, l’écho porté par les grands chênes et mon hyperacousie, sans doute.
J’ai imaginé l’odeur de ses poils sur mon nez ; Je la connais.
Souvenirs de fusion animale avec ma petite Renarde.
Coincé dans un tronc ou bien tombé dans un trou, sa mère l’aura vite retrouvé. Car une Renarde n’a d’yeux que pour ses rejetons. Sauf quand elle va chasser.
Il y a un poulailler tout à côté mais elle n’y touchera pas, je le sais. Trop à proximité de sa tanière ! Maligne, elle sait qu’elle se ferait repérer.
J’avais bien entendu les glapissements lors de la période d’accouplement. Je savais qu’il y avait une maman, non loin. Elle est resté discrète tout ce temps. Sauf quelques fois l’urine qui me parvenait des taillis, emportée par le vent d’hiver. Et ce matin, son petit imprudent les a « vendus » par sa panique de solitude. Il doit encore apprendre. La discrétion est leur seul moyen de défense et de survie. Il faut qu’il apprenne, vite. Tout le monde ne nourrit pas comme moi un amour inconditionnel pour les Goupils.
Allez, on aurait dit que l’histoire finirait bien et qu’ils seraient allé gambader à pas feutrés dans la prairie voisine et muloter joyeusement comme ils le savent si joliment et naturellement le faire. C’est le temps idéal pour grandir aux creux des mousses qui crépitent de verdoiement festif au contact des premiers rayons du soleil printanier.
Je t’ai à l’Oreille petit Renard.
©À Vent Semant
ps : Un jour je vous parlerai de ma grande et merveilleuse aventure et histoire d’amour avec LÔLA la renarde, sauvée d’un déterrage par un garde forestier qui me l’a confiée.

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Photo : ©Jérôme SALVI

QuouêstiÔn

Petite question à mes amis blogueurs :
Comment fait-on pour supprimer un commentaire déposé sur un autre blog ?
Je n’ai pas trouvé dans les forums d’aide (il n’est question que des suppressions de possibilité de laisser un commentaire sur son propre blog).
J’oublie régulièrement que je ne suis pas sur fb et que je ne peux ni modifier ni supprimer un commentaire sur WordPress.
Le virtuel me donne des ailes au niveau de l’expression et parfois, je trouve, j’en dis trop.
– Pipelette va !
Si quelqu’un a un astuce, je suis preneuse. 🙂

Adieu la Tulipe

Aventsemant.AdieulaTulipe

Ce n’est pas que je me réjouis de te voir faner mais je t’observe avec admiration.
Je t’ai regardé onduler puis pencher pour enfin lâcher prise et courber définitivement vers le sol avec la grâce d’une danseuse qui joue de son corps.
J’espère cette même élégance dans mes derniers jours.
Infinie délicatesse d’une fin organisée dans la chaleur d’un foyer que tu illumines jusqu’à épuisement.
Pardon ; Pardon et merci.
Cette fois il est temps de te rendre à la terre qui t’a vu naître.
L’odeur de l’eau croupie rappelle la vie microscopique qui se réjouit de ce passage à trépas et qui relayera ta substance vers d’autres cœurs verdoyants.
Adieu la Tulipe. À bientôt…
©À Vent Semant.

Bêchage dominical

Aventsemant. BêchageCe n’est pas l’tout de tomber en pamoison devant les grands champs labourés ; à la maison aussi, il faut retourner le terrain. Sinon, je vais les placer où mes salades et mes courgettes ?
Cet après-midi, en plein soleil, la bêche en mains, j’ai retourné mon « tout petit » potager.
Terre super souple. Merci. Tout petit ; merci puissance dix.
J’adore bêcher mais force est de constater que je ne travaillerais plus les grandes surfaces de mes jardins d’antan. Petit dos dit « ouille » à chaque levée de motte. Ça s’rait-y pas que je vieillirais moi ?
Allez, un bon thé, des galettes au miel et, par delà la baie vitrée, observer le spectacle du travail bien fait.
Un dimanche comme j’aime !

La Dernière


Un petit topo histoire de faire le tri dans mes idées et voilà que je me sers de mon blog  pour évacuer tout çà, tout çà. Attention, c’est du “tout en vrac”.

C’est parti…

Une exposition qui s’annonce. Un rendez-vous auquel je n’ai pas envie de me rendre. Une première. Je pense à toutes mes expositions par le passé et je sens bien que cette fois, j’y vais “à reculons”. L’excitation habituelle ne m’accompagne pas. Je traine la savate. Étrange sensation.

Le manque d’entrain de l’an dernier se répercute sur cette date pourtant réservée depuis trois ans. Sauf que trois années sont passées. La fatigue accumulée, les méventes, des problèmes de santé personnels et un recul phénoménal sur le dur métier d’artiste. Car c’est une passion bien sûr, c’est un mode d’expression évidemment mais c’est aussi, lorsque tu as voué ta vie entière à ton œuvre, lorsque tu vis pour elle mais qu’elle te “nourrit” en retour, oui c’est donc un métier dans le sens où je paie mes impôts en fonction de mes rentrées (et oui les amis, c’est donc un métier). Et vas donc rester motivé quand tu travailles pour zéro. Allez, je te laisse imaginer tes journées de bureau pendant des mois pour, rien. Rien de rien, ou peut-être dans dix ans. Ah oui, là tu comprends mieux.

C’est un choix aussi. Un choix qui n’en est pas vraiment un puisque toutes ces années j’ai bien tenté de faire “autre chose” mais force est de constater que sans Elle (ma peinture) je suis comme perdue. Alors, elle m’accompagne dans les bons et les mauvais jours, elle me soutient et au bout d’un certain moment je l’offre au regard des autres car il le faut (je rappelle que c’est mon métier).

Je n’ai jamais ressenti le besoin d’être dans les journaux ou de voir mon nom écrit sur une affiche. Non, sincèrement, si j’expose c’est tout simplement pour faire du vide dans l’atelier et recommencer à produire de plus belle. Je ne ressemble pas, à cet égard, à nombre “d’artistes” qui veulent exister de par leurs œuvres, qui veulent “casser la baraque” avec leur nom.

Pour ma part, mes œuvres sont mes bâtons de pèlerin, mes tapis volants ou bien mes cannes de non-voyant : elles m’aident à “marcher” dans ce monde qui me dépasse.

J’aimerais mais j’aimerais vraiment ne pas avoir à les exposer. Les faire naître suffit grandement à mon épanouissement. Les accumuler le long de tous les murs de la maison me sert de rempart (j’imagine) ou d’air bag qui protègent ma bulle.

Pourtant, je sais depuis bien longtemps m’en séparer. Je n’éprouve aucune douleur à les céder aux personnes qui en tombent amoureuses (je sais que chacune d’entre me permet d’avancer vers l’autre) ; mais vraiment tout le “cirque” autour d’une exposition me rebute subitement et je ne le sens pas.

Le milieu artistique, les pseudos artistes, les pseudos contrats, les pseudos amis, les pseudos galeries… tout cela contribue à une espèce de haut le cœur qui réveille mon estomac et me donne la nausée. Et tous ces gens qui t’encensent un jour pour ne plus t’adresser la parole un autre. Perturbant. Retour à la case Atelier.

Je commence à comprendre toutes ces personnes qui ont un “vrai” métier et qui peignent “à côté”. J’envierais presque leur liberté d’action. Sauf que chez nous, les purs et durs, on ne fait pas dans la dentelle, on avance tels des bulldozers et on ne doit pas se tromper ; Où si l’on se trompe, on s’en fiche, on avance encore parce que c’est comme çà, on n’a pas le choix si ce n’est celui de nourrir encore notre travail, nourrir encore nos blessures et tenter encore de les cautériser, toujours, toujours…

Un travail de fourmi ; qui plus est, de fourmi solitaire. Tu vois le tableau ?

Je ne suis pas une fille de la lumière, y’a rien à faire. Je suis une fille de l’ombre. J’aime l’anonymat, j’aime l’ambiance calfeutrée de l’atelier, j’aime la solitude, j’aime le silence et le calme. Bien sûr j’aime rire, partager, faire la fête avec mes amis mais pour le coup, là c’est vraiment du plaisir pur qui n’a rien à voir avec mon travail et qui même souvent le nourrit. Et puis cela me sort de ma “bulle” et équilibre mes neurones et mon affectivité.

Bref… je me pose des questions sur cette appréhension toute nouvelle d’un non-évènement et de mon incapacité à m’y investir totalement. En vrai : je m’en fiche. Je lâche l’affaire. Je suis fatiguée de me “battre” pour exister en tant qu’artiste. Je veux retrouver ce goût de liberté de mes jeunes années où tout était à découvrir, où tout était possible, où le rêve accompagnait mes projections dans l’avenir. Aujourd’hui, je sais que ce sera une exposition de plus. Une de plus, et alors ? Je suis blasée me direz-vous ? Non, fatiguée, usée et consciente qu’il faut avoir un Égo surdimensionné pour continuer dans cette voie et que mon égo est tout petit petit.

Les grands artistes sont des égoïstes, des “renfermés”, des protecteurs de leur foyer intérieur ; moi, je suis toutes voiles dehors, les portes et fenêtres grande ouvertes, le cœur qui déborde pour chaque personne qui souffre. Sans doute devrais-je être plus dans la protection de ma petite personne et de ma grande énergie qui comble beaucoup de monde ? Sans doute, je ne possède pas les réelles qualités d’un artiste de talent : la concentration sur soi, seulement soi, et son travail. Je ne m’enlève pas pour autant une de mes qualités : je suis une bosseuse et je me souviens du temps où de grands noms de la peinture étaient bluffés par ma capacité de travail. Je travaille tout le temps. Pas de répit. Pas de précipitation non plus. Je travaille journellement et au bout du compte, à mon rythme, sans gros effort, je fournis un travail important. Mais je vieillis, je mollie, je m’éparpille sans doute aussi et le cœur n’y est plus.

Peut-être ai-je trop donné à mon travail ? Peut-être n’était-ce pas ma voie ? Peut-être suis-je passé à côté de ma vie ? Et en même temps, cette passion dévorante, qui à me relire, me prend bien la tête (une vraie passion quoi!), je ne saurais m’en passer. Ah l’Amour… !

Depuis trois ans, en fait, j’espérais trouver une Galerie afin de ne plus avoir à me préoccuper de tout ce remue-ménage autour d’une exposition, afin de me soulager et de ne plus me consacrer qu’à œuvrer. Sauf que je n’en ai pas trouvé. Alors je fais quoi ? Je continue à me battre ? Je continue à gesticuler dans tous les sens pour dire “j’existe!” ? Je continue à m’exténuer dans des hurlements colorés que presque personne n’entend ?

Je sais que j’existe, bien évidemment ! J’aime mon existence, les combats gagnés haut la main et j’aime la personne que je suis devenue, vraiment. Alors à quoi rime de vouloir se donner au monde ? Je me pose la question. En fait, je n’en ressens plus le besoin, du tout. Je ne comprends pas.

Du coup, je me dis que c’est la dernière et que par la suite, je vais continuer à peindre dans ma tanière pour moi, seulement moi. Ah… rien que d’y penser cela me fait du bien.

Et puis aussi, je vais sans doute m’ouvrir au monde différemment et dans le respect de mon amour de l’autre en ouvrant un jour, un atelier pour les enfants, les adultes, avec la volonté d’aider des personnes en souffrance à libérer leurs maux dans l’expression artistique.

Ainsi, je me sentirais utile et j’abandonnerais le monde des requins à tous les requins du milieu artistique. Je nagerais dans d’autres lieux où l’eau est claire, où le sentiment d’appartenance au grand Tout sera respecté et où chacun aurait le droit d’exister sans aucune compétition. La méthode Freinet en mode pictural. Et pourquoi-pas ?

D’en parler me réchauffe le cœur. Aussi, merci de m’avoir lue jusqu’ici.
Doucement ma conscience s’éveille, mon espace s’élargit et je le sens bien qu’aider l’Autre à s’épanouir et surmonter ses douleurs, c’est “çà” mon chemin. 🙂

Partager ma palette à d’autres, quelle plus merveilleuse perspective !

©À Vent Semant. 12 Avril 2016.

Laiff-moi faire, ch’fais mon nid.

Et un petit bonheur, un !
Au petit matin, la mésange bleue, sous mes yeux (la tasse à café d’une main, la tartine de l’autre) qui picore et s’empiffre des poils du chat qui trainent sur la terrasse.
Son bec plein et camouflé par tant de duvet, elle travaille à sa récolte sans se soucier de ma présence et s’envole.
Petite pensée pour cette brave et méticuleuse qui confectionne pour ses futurs oisillons un nid douillet, mais douillet…
Imitons les oiseaux, activons-nous.
Allez, hop hop hop… Bon dimanche à tous… 🙂
Photo piochée sur le blog : http://cottgwladys.canalblog.com/archives/2012/03/28/23878627.html.
Àventsemant.Laiffmoifaire

Jacinthe sauvage. (Re)naissance.

Aventsemant.Jacinthes.sauvage.1

Le premier des cinq bulbes précautionneusement « enlevés » l’année dernière de son/mon habitat, fleurit (comme moi) en Belgique.

Les Jacinthes sauvages subtilisées l’an passé de leur/notre terre morvandelle se déclarent bienheureuses ici dans le Pays des Nuages. Et moi, les narines en joie, au petit matin sur la terrasse, je me sens de plus en plus chez moi. Accompagnement discret mais puissant.
Merci mes précieuses.

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Comme dans le célèbre Bois de Hal en Belgique mais ici en Bourgogne (photo Avril 2015). Des milliers de Jacinthes. J’en ai « subtilisé » cinq sans aucune culpabilité avec l’espoir qu’elles survivent, comme moi, loin de leur terre adorée.