Un jour d’hiver parfait

IMG_5522 (1)Un jour d’hiver parfait.
Un air clair et étincelant.
Assez de froid, juste ce qu’il faut pour trainer avec délice dans les draps au petit matin. Chaleur animale.
Pas de vent ; Une vigueur pourtant, directement transmise par les rayons du Soleil qui traversent la fenêtre.
Pas de dégel. Une tension entre le chaud et le froid.
Dame Nature ne se relâche pas.
La Terre, avec sa croûte dure, est sonore, là où elle est nue.
J’entends de loin en loin, le zézaiement des mésanges, comme une amorce du Printemps qui s’annonce. Mes pavillons se réveillent bien avant ma carcasse.
Au flan de cette fin d’hiver, vive et rugueuse, froide comme l’acier, le cri du geai.
Ce cri qui ne fondra jamais, comme un coup de clairon impitoyable, clamant cette blanche aridité à qui ne veut la reconnaître.
Musique tendue, dure, glacée comme le ciel sous la livrée bleue dans le ciel hivernal.
Ce cri comme le grincement des roues d’un chariot. Sans amortisseur. Franc et assuré.
Ce son que j’aime, en ce moment, déchire l’azur blanc tout comme mes oreilles.
L’hiver n’est qu’acoustique. Affutons notre ouïe.
©Rose

Et tant d’Âmes

Je me sens bien dans un cimetière. Rien de morbide là dedans.
Tant d’âmes et tant de vies, pleines ou écourtées.
Le vent froid qui résonne comme autant de messages de bienvenue susurrés entre les mailles de mon béret. Une solitude qui n’en est pas une. Résonance.
Un après-midi de fin d’hiver à saluer chacune des personnes ici présentes, sous les dalles ou la terre battue.
©Rose

 

De La Famille

Aujourd’hui est le jour où je me suis rendu à la Poste.

Je fais quelques kilomètres en voiture. Je traverse la campagne et j’arrive dans la ville la plus proche de France. J’aime bien prendre la route pour “si peu” ; Savoir que je reviens dans la journée me ravit.
J’essaie toujours de me caler avec le temps qu’il fait. Tant qu’à me promener en voiture autant me régaler les yeux. Ce qui fait que je suis bien souvent en retard avec mes quittances.
Bien sûr, je pourrais envoyer mon courrier de la Belgique mais ces petites virées me font plaisir. Ça me promène. Et puis j’entends parler français ! (Humour belge ! Ça commence à venir).
Ce n’est pas rien mon rendez-vous avec La Poste : des tas de factures à régler, des tips, des chèques, de belles lettres manuscrites aussi et une belle collection de timbres à coller.

Les postières, toujours aussi sympathiques (j’ironise là hein) à qui je dis toujours un grand bonjour qui sonne dans le vide et ne trouve pas de réponse. M’en fiche. Il y a souvent deux ou trois âmes perdues dans la file d’attente qui elles, me renvoient mon bonjour.
Sourires croisés.
Bref.
Je m’installe avec toute ma paperasse sur la table mise en plein milieu à cet effet. À moins que ce ne soit pour s’accouder en attendant son tour. Oui, La Poste quoi ! Allez, je rigole…
Une personne entre. Bonjour cérémonial auquel je suis la seule à répondre. Habituel.
Une seconde personne. Un marmonnement de “bonjour” auquel j’essaie de m’adapter pour ne pas faire désordre.
Ce n’est pas rien le ton d’un bonjour !
Et puis une autre personne.
Je suis à fond dans mes enveloppes (pas me tromper entre l’enveloppe et le tip, entre la photocopie et l’original d’un autre courrier, les jolis timbres pour les belles enveloppes et les autres pour les enveloppes à fenêtre, et j’en passe).
Un grand bonjour “ouvert”, sonnant, souriant et en même temps, d’une sagesse cordiale. Un bonjour sincère comme on n’en fait plus.
Je réponds en claironnant mon bonjour comme un : “Merci, je reçois ton souhait de belle journée et je te le rends au centuple, chère belle personne”.
Cependant, je ne jette pas un œil sur cette personne. Et puis, comme tout le monde, elle doit attendre. Elle choisit la file de gauche, la plus longue, plutôt que celle de droite. Je suis en plein milieu.
Moi, je suis dans ma paperasse. J’en suis au collage de timbres. Je ne songe pas aux gens qui trépignent d’impatience. Moi, je ne fais que passer. Je suis à part et en même temps dedans. Dans mon cas, petite Asperger que je suis, c’est parfait pour ne pas stresser. Je suis décontractée mais je reste concentrée sur une corvée que j’ai hâte de terminer pour sortir au grand air.

Quelqu’un me regarde.
Quand tu es une fille, il y a longtemps que tu sais lorsque quelqu’un pose son regard sur toi.
Je ne voyais pas la personne mais je savais que c’était elle ou plutôt “lui”. Une voix d’homme, çà j’avais remarqué. Et il fixait son regard sur moi. Il s’approchait même.
Je me dis que ça allait lui passer. Je ne suis pas Miss Monde quand même et ici, dans ce petit village, personne ne me connait. Pas de raison donc de me reconnaître.
Je finis par lever les yeux sur lui. Des yeux d’un bleu à faire tomber. Un monsieur genre “papy” avec une jolie barbe blanche et tout de bleu vêtu (une côte de travail comme “dans l’temps”). Je me dis que je vais lui sourire poliment et retourner dans mon super trip postal. Sauf qu’à ce moment là, monsieur Gepetto (oui, ça lui va bien Gepetto) me dit :
– Vous êtes de la famille !?
– Comment ?
– Vous êtes de la famille n’est-ce pas ?
Je réfléchis afin de ne pas être insolente ou maladroite dans mes propos (il a vraiment une bonne bouille et les yeux de mon grand-père paternel).
– Ah vous savez monsieur, je n’ai pas de famille par ici mais qui sait, mes lointains aïeux sont peut-être passés dans votre région !? (Sourire).

La file a avancé d’un coup. Il lâche mon regard pour s’adresser à la postière (celle qui se marre à chaque fois que quelqu’un fait une photocopie et réclame sa monnaie : “Ça ne rend pas la monnaie !! Et alors ? Et alors, c’est tout.”).
J’entends qu’il demande un papier, qu’il se présente (je n’ai rien retenu). Il reste courtois malgré la vilaineté de la postière qui refuse de lui rendre son document, protégée (qu’elle croit) derrière son bureau.
Les gens autours deviennent silencieux, coincés, “pointus”.
Il repart, claironne un joli “au-revoir”, me sourit avec les yeux et disparait.
Et là, tout le monde se moque de lui. Je lance mon regard noir. Les gens m’énervent. Pauvre petit Gepetto.
Ils rigolent parce que “tout le monde le connait”, parce que c’est “le fou”, celui qui habite la ferme de “par là-haut” et qui “soigne les maladies et que même il soigne ses bêtes comme çà, avec ses mains”.
– Avec ses mains ?
– Oui, il a soigné ma tante. Elle ne jure que par lui.
– Mais qu’est-ce qu’il est bizarre !
– Ah ah ah… Hi hi hi… Hu hu hu…
– Oui, c’est un panseuuûÛr… chuchota une voix peureuse à l’idée de sortir ce mot.

Ça va être mon tour. Les pipelettes sont parties sans se retourner. Silence.
Je fais peser ma lettre la plus lourde histoire de m’assurer qu’elle arrive dans les temps. La postière (celle de droite, la gentille, pas encore usée par son travail) me la prend pour la balancer dans la caisse. Elle me tend la main pour récupérer toutes mes autres lettres, ne comprend pas bien ma réticence et accepte que je reparte avec, pour les mettre moi-même dans la boite aux lettres, à l’extérieur. Oui, j’aime glisser mon courrier dans la boite aux lettres, j’ai le droit, non ?
Mon “au-revoir” n’aura pas eu de réponse. Aucune importance.

Dans mon trajet de retour je songe à cet homme solaire. Je regrette de n’avoir pas pris le temps de discuter avec lui. J’aurais aimé faire une photo de lui. Une belle “gueule” comme on dit. De plus j’avais mon X100S dans mon gros sac à mains. Flûte !
J’ai fait ma “parisienne” qui court après le temps. Je n’en reviens pas d’avoir raté un tel personnage et de m’être fondu dans un rythme qui n’est pas le mien.
– Depuis quand tu ne prends pas le temps pour une petite causette ?
Petite leçon. Recadrage. Ne pas oublier de s’ouvrir au monde même dans des conditions qui ne me sont pas agréables.

J’arrive à la maison. Un coup de téléphone de Nâm. Je lui raconte. Oui, je lui raconte tout.
Il sourit. Il me coupe à un moment donné pour me dire : Il l’a senti ?
Il me laisse finir mon histoire et tout en déroulant cette scénette avec mes mots, je comprends brutalement ce que monsieur Gepetto m’a dit.
– Et tu l’as laissé partir ?
– Oui, j’étais dans mes papiers, dans un endroit fermé et je n’ai pas “capté”.
– Quel dommage !

Pardon monsieur de ne pas avoir été plus attentive à votre présentation (un peu maladroite et directe tout de même). Si vous m’aviez tendu la main ; à la serrer, j’aurais compris. Mais il n’est pas trop tard. Si vous en êtes autant que moi, et visiblement bien plus “grand” que moi, vous m’entendrez là où vous êtes :
– Oui, je suis de La Famille ; Humblement. À bientôt de vous revoir.

©Rose

 

Retrouver la quiétude

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Des mouettes, des pigeons et des Bernaches.
Ce canal qui me rappelle, en bien plus grand, mon petit canal du nivernais. De grosses péniches au loin.
Le clocher de l’église qui dit que la ville est là, toute proche. Trois fois. L’heure du goûter approche.
Le vent qui me fouette le visage.
Et le ciel. Un gouffre renversé par dessus nos têtes. Ce ciel incomparable que je ne trouve dans aucun autre endroit. Il est vrai que je voyage beaucoup mais que je me pose peu. 
Un ciel bas, chargé, lent à se déplacer ; Un ciel comme engendré par moult chamailleries éoliennes qui voudraient s’apaiser en se câlinant aux eaux froides, flegmatiques et faussement stagnantes du canal afin de retrouver sa quiétude.
Parfois ils se rencontrent, les plus beaux jours de l’Été ; Alors le bleu du ciel ravive toutes les maisons de briques. L’orange et le turquoise bientôt s’uniront et la région s’étoffera de nouvelles teintes, chatoyantes. 

Puis, se reposer les iris.

 

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Couverte de mon gros manteau, mon écharpe, mon béret (+4°C seulement tout de même) et accompagnée de mon fidèle Tichien en liberté.

Un grand bol d’air le long du canal de ce Nord qui perturbe ma boussole.

Un Cécémel chaud en rentrant.

Je remets le poêle en route. La chaleur du bois qui flambe et le craquement des flammèches qui se tapent contre la vitre.

Profiter du silence et laisser se reposer les iris qui auraient voulu se cacher loin derrière l’orbite, violentés face à tant de lumière brute.

Les prémices du printemps qui approche avec encore les plaisirs de l’hiver.

On tient le bon bout.

©Rose.

 

In love with a Bouclette

20160209_131337 (1)Glisse ton doigt.
Tourne. Tourne, encore.
Un petit tourniquet qui n’a de cesse de se répéter.
De la douceur du lisse à la pointe qui accroche.
Un petit nœud à la force s’est formé.
Doux comme le satin, tendu comme un ressort.
Tu le retiens; Il s’agrippe entre tes doigts.
Petite prison serrée.
Relâche…
Tendre étreinte avec une bouclette.

©Rose

Le Printemps pointe le bout de son nez

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Petit plaisir d’un dimanche matin, en plein hiver : les bulbes de Jacinthes sauvages délicatement prélevés dans ma Bourgogne l’an passé pointent le bout de leur nez, ici en Belgique.
Bientôt leur parfum suave se mêlera à la brume matinale et aux courants d’ailes des oiseaux. Une belle guirlande de joies se prépare.
Bienvenue mes précieuses. Merci… ❤

Le Gui verdoie

Le gui verdoie
Chamailles de mésanges
Semblant hiver.
©Rose20160125_150329